Une génération perdue

Publié le par michelmonsay

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Voilà certainement le roman qui a été au centre de toutes les conversations, à juste titre, ces derniers mois. À la fois pour la consécration obtenue en recevant le plus prestigieux des prix littéraires, mais surtout par le choc ressenti à la lecture de cette histoire dérangeante et passionnante. Son auteur de 62 ans, au parcours très atypique, n’a commencé à écrire qu’en 2006 et s’était spécialisé jusque-là dans le polar. Après plusieurs succès dans ce domaine, il a voulu tourner la page et s’essayer au roman. Grand bien lui en a pris avec cette épopée picaresque, foisonnante, qui a pour théâtre la fin de la première guerre mondiale et les deux années qui suivirent, dans une veine politiquement incorrecte sur le fond comme dans la forme. On est bien loin ici des commémorations qui vont se succéder à l’occasion du centenaire de la Grande guerre. L’auteur montre, une France qui préfère honorer ses morts en érigeant des monuments au lieu de s’occuper des rescapés de cette boucherie, livrés à eux-mêmes dans un total dénuement, ainsi que le commerce nauséabond qu’ont pratiqué certains au lendemain de la guerre. Le roman démarre à neuf jours de l’armistice dans une tranchée, où un ordre venu d’en haut obligent ceux qui s’en sont sortis jusque-là et auraient bien attendu la fin des hostilités tranquillement, à aller voir ce que font les allemands. Les deux soldats envoyés en reconnaissance par un lieutenant belliqueux se font descendre de manière assez surprenante, et à partir de là c’est l’engrenage. Les trois premiers chapitres, dans l’angoisse des tranchées et dans un décor de fin du monde, sont proprement stupéfiants. Plusieurs personnages très bien sentis émergent peu à peu de cette histoire aux multiples rebondissements, que l’on suit sans en perdre une miette. Si certains parlent de littérature populaire de qualité, les 500 000 ventes à ce jour en attestent, ce roman très documenté au style direct, implacable est de ceux qui nous éclairent sur des injustices occultées, tout en nous apportant un immense bonheur à leur lecture.

 

 Au revoir là-haut – Un roman de Pierre Lemaitre – Albin Michel – 564 pages – 22,50 €.

Publié dans Livres

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