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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 07:16

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A près de 56 ans, Alain Baraton règne sur les 850 ha des domaines de Trianon, du grand parc du château de Versailles et de Marly en tant que jardinier en chef depuis plus de 30 ans. Ses écrits qui se vendent très bien, ses chroniques sur France Inter toujours très appréciées depuis 10 ans, son esprit libre et son approche écologique du jardinage ont contribué à faire évoluer l’image du jardinier et à dépoussiérer celle de Versailles.

 

Parmi les nombreux événements qui émaillent l’année Le Nôtre, l’exposition au Grand Trianon sur les fleurs du Roi est l’occasion de découvrir des vélins du XVIIe siècle et des parterres qu’a concoctés Alain Baraton, similaires à ceux qui étaient présentés à Louis XIV. Réfractaire à la course en avant de ses prédécesseurs qui étaient toujours à la recherche de nouvelles variétés de fleurs, avec des coloris plus vifs ou une durée de floraison plus longue, il innove en réintroduisant  des fleurs d’époque qui avaient disparu. Amoureux de longue date des arbres, le célèbre jardinier après six années de recherches va sortir début octobre un livre intitulé « La haine de l’arbre » où il accuse nos dirigeants de ne pas gérer les arbres comme ils le devaient, et a bien l’intention de s’engager dans ce combat : « Les vieux arbres en France ne bénéficient d’aucune protection, ils ont beau être classés remarquables, la loi ne les protège pas et l’on n’hésite pas à les sacrifier pour des projets urbains ou autres. J’ai un profond respect pour les arbres, ils atteignent des dimensions incroyables, sont capables de vivre jusqu’à plus de 9000 ans comme cet épicéa à la frontière entre la Suède et la Norvège, et ce sont eux qui m’ont donné la vocation. »

 

Un jardin extraordinaire

Pour Alain Baraton, un jardin doit être avant tout un lieu de vie ne subissant pas un entretien trop poussé, notamment sur les pelouses pour que l’on puisse s’y détendre. C’est aussi pour lui une caricature de la nature. Avec 150 personnes en moyenne sous ses ordres sur les 850 ha du domaine, qui est planté de 350 000 arbres, bordé de 18 500 arbres d’alignement et garni d’un million de fleurs, face à ces chiffres impressionnants, le jardinier de Versailles organise ses journées comme un chef d’orchestre qui doit veiller à ce que toutes les activités, touristiques et ses 10 millions de visiteurs par an dans les jardins, événementielles, officielles avec la résidence de la Lanterne, puissent cohabiter avec les différents travaux jardiniers. Il se revendique avant tout comme un homme de terrain, les réunions l’ennuient, et comme il habite dans le parc, ses journées, dont il assure qu’il n’y en a pas deux qui se ressemblent,  commencent et se terminent en s’y promenant autant pour le plaisir que pour identifier ce qui ne va pas. Même si sa préférence va vers l’aspect champêtre que l’on trouve au fond du domaine, il aime la diversité de Versailles avec son jardin à la française qu’il considère comme un musée de plein air symbolisant le pouvoir, et son jardin paysager donnant l’illusion d’être entouré d’une nature luxuriante.

 

Une personnalité bien affirmée

Depuis qu’il a la charge des jardins de Versailles, Alain Baraton a réussi à imposer sa patte faite d’originalité et de fantaisie : « Avant, les pelouses du hameau de la Reine étaient tondues régulièrement, ce n’était plus un jardin, c’était un golf. Aujourd’hui, c’est un endroit où l’on a envie de se perdre, j’y ai restauré l’esprit champêtre, qui contraste avec le reste du parc. Dans l’ensemble du domaine, j’ai remplacé les massifs de fleurs bas et uniformes composés des sempiternels bégonias, en recréant des massifs volumineux et colorés. Nous ne mettons plus une seule goutte d’insecticide et nous n’avons pas plus de problème qu’avant. J’ai supprimé tous les panneaux « pelouse interdite », là où ce n’était pas justifié. Le pique-nique y est interdit mais on ferme les yeux. Mon métier est encore plus beau, si je permets à des familles le week-end de passer des moments agréables. » Sa renommée a dépassé nos frontières, puisqu’il a prodigué ses conseils en Chine et aujourd’hui il le fait au Japon. Il s’occupe également du domaine de Marly, qui a été rattaché en 2009 à celui de Versailles.

Au-delà de tout ce qu’il a pu mettre en œuvre sur le terrain, Alain Baraton se différencie de ses collègues par son esprit libre et son besoin de communiquer. Il ne voit pas pourquoi des élus et des pseudos intellectuels auraient le droit de dire tout et n’importe quoi, et de simples jardiniers n’auraient le droit que de se taire. Le manque de considération relatif à son métier le met hors de lui, et il rappelle que Voltaire considérait le jardinier comme le plus noble des métiers.

 

Pouvoir enfin s’exprimer

Contrairement à André Le Nôtre qui n’a laissé aucun écrit, Alain Baraton a ressenti le besoin il y a une dizaine d’années de transmettre ce qu’il avait appris à Versailles, en commençant à écrire des livres. Très vite cela devient une passion, et comme il ne conçoit pas que l’on puisse entretenir un lieu sans être au courant de son histoire, il écoute, se documente, fait des recherches de plus en plus approfondies et enchaîne les livres. Si beaucoup de ses écrits parle des jardins, certains racontent les histoires coquines ou criminelles de Versailles. Ses livres, 15 au total, sont quasiment tous des gros succès, notamment « Le jardinier de Versailles » en 2006, qui est le premier qu’il écrit en qualité d’auteur en s’éloignant du livre de jardinage et où il raconte son itinéraire personnel, la grande et la petite histoire de Versailles d’hier et d’aujourd’hui. On peut citer également « Le dictionnaire amoureux des jardins » paru en 2012.

Ecrire donne aussi une caution intellectuelle au jardinier : « Cela m’a permis de montrer que je n’étais pas plus bête qu’un autre. C’est mon ami Jean-Pierre Coffe qui est le premier à m’avoir publié, et c’’est également lui qui m’a proposé de tenir une chronique sur France Inter. » Tous les samedis et dimanches matins depuis dix ans avec « La main verte » durant l’année et « Jardin d’été » en juillet et août, il devient le jardinier le plus écouté de France avec 3 millions d’auditeurs. Outre sa passion qu’il distille sur un ton assez fantaisiste et enthousiaste, il aborde toutes sortes de sujets qui lui tiennent à cœur et n’hésite pas à dire ce qu’il pense, quitte à être politiquement incorrect. Il a officié également à la télé avec « C’est au programme » sur France 2 aux côtés de Sophie Davant durant deux ans, et avec « Alain l’enchanteur » sur Paris première pendant six mois.

 

Une renaissance à Versailles

La photo, qui était le métier dont rêvait le jeune Alain Baraton, est restée importante dans sa vie. Il aime de temps à autre prendre son appareil et photographier le monde tel qu’il le voit : « Quand j’étais gamin, le monde qui m’entourait ne me plaisait pas, je le trouvais trop violent et il l’est toujours d’ailleurs, trop agressif, trop terne, et avec la photo, il y a cette liberté de pouvoir transformer la vie. »

Ses parents ayant sept enfants et voyant les résultats scolaires assez moyens du jeune homme, qui par ailleurs n’hésite à pas à tondre les pelouses et à faire de menus travaux dans les propriétés voisines à La Celle Saint-Cloud pour se faire de l’argent de poche, l’inscrivent d’office dans un lycée horticole en internat pour trois ans. Au sortir de cette formation, il est engagé pour un job d’été au château de Versailles comme caissier, il sympathise avec le jardinier en chef qui lui propose à la fois de devenir aide-jardinier et un logement dans le domaine de Versailles, il a alors tout juste 19 ans : « Maladroit et timide, je ne trouvais pas ma place dans la société. Je dis souvent que je suis né à Versailles en 1976, j’ai eu le sentiment d’exister dès que j’ai eu ce travail, avant j’étais une ombre parmi les ombres. » Par volonté et par concours, il gravit les échelons en six ans pour être nommé jardinier en chef en 1982.

 

Continuer à vivre sa passion à Versailles

 

L’une de ses plus belles réussites est d’être parvenu à changer l’image du jardinier, et aujourd’hui toute une génération d’apprentis jardiniers se reconnait en lui à la fois pour son esprit libre et sa vision plutôt écologique du métier. Quant à son pire souvenir, il s’agit bien évidemment de la tempête de décembre 1999 avec 18 500 arbres à terre dont certains immenses et très anciens. Lui, dont l’arbre préféré est le chêne et la fleur la pivoine, a son petit jardin attenant à sa maison dans le parc de Versailles où il aime y cultiver quelques légumes. Le meilleur moment de sa journée est celui où il quitte son bureau le soir, part se promener dans le parc lorsque le public est parti : « J’ai le sentiment d’être comme un metteur en scène, la pièce vient d’être jouée, le rideau est tombé et finalement c’était une belle journée. Si jamais elle ne l’a pas été, je me rassure en me disant qu’elle le sera demain. Ce qui n’est pas bon va le devenir et ce qui est bon va le rester. »

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Published by michelmonsay - dans Portraits
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