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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 06:57

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Depuis deux mois qu’il a été élu à la tête du Medef pour succéder à Laurence Parisot, Pierre Gattaz tient un discours résolument offensif. Rencontre avec le patron des patrons pour avoir sa vision des sujets majeurs de l’actualité.

 

Repères biographiques

Le moins que l’on puisse dire est que le fils a suivi la voie du père. Pierre Gattaz, à l’image d’Yvon son père, est devenu en 1994 chef de l’entreprise familiale Radiall, spécialiste de composants électroniques, qui est aujourd’hui une importante société internationale. A 54 ans, il est également patron du Medef sous une présidence socialiste, comme Yvon le fut à la tète du CNPF (l’ancêtre du Medef) en 1981 sous François Mitterrand. 

 

Quelle est aujourd’hui l’identité du Medef et votre objectif à sa tête ?

Pierre Gattaz : Le Medef, c’est plus de 700 000 entreprises rassemblées dans 80 fédérations, auxquelles adhèrent 600 syndicats professionnels, et 148 Medef territoriaux et régionaux. Ces deux réseaux complémentaires assurent une représentativité maximale des entreprises partout en France et dans tous les secteurs d’activité. Nous sommes le premier réseau professionnel et territorial de France.

Je veux aujourd’hui un Medef de combat mais de combat pour l’emploi, pour l’économie, je suis bien évidemment contre les combats de rue. Ma méthode, c’est la pédagogie, le dialogue et l’action pragmatique mais concrète en prise avec l’entreprise. Notre objectif est de remettre la France en mouvement et redonner confiance à chaque Français. C’est dans cet esprit que j’ai lancé le projet « France 2020 - Faire gagner la France » à l’Université d’été du Medef. Nous avons 5 défis à relever : celui du futur à inventer, celui du numérique, celui de la mondialisation avec 3 milliards de personnes à équiper, l’Europe à finir de construire et le défi de l’audace créatrice. Mais ces défis, nous ne pourrons les relever que si la classe politique s’emploie à nous donner un environnement fiscal, social et environnemental attractif.

 

Le dialogue est-il plus difficile avec un gouvernement socialiste ?

P.G. : Le Medef a toujours travaillé avec les gouvernements quels qu’ils soient. Notre mouvement, par définition, ne fait pas de politique, sa mission est de défendre l’entreprise et de tout mettre en œuvre afin qu’elle puisse se développer pour créer de la richesse et de l’emploi. Or il est de la responsabilité du gouvernement de mettre en place un environnement fiscal, social, environnemental favorable. A partir de là,  la nécessité d’entretenir un dialogue constant avec le gouvernement et de travailler avec lui s’impose. Lorsqu’un gouvernement agit pour l’emploi, nous applaudissons. Lorsqu’il met l’emploi en danger, nous réagissons, mais dialoguons efficacement. Pierre Moscovici est venu débattre avec moi à Jouy-en-Josas lors de la dernière université d’été du Medef. Nous avons convenu de travailler, lui et moi,  tous les 15 jours à Bercy. C’est également dans cet esprit que j’ai proposé à François Hollande, lors de notre rencontre en juillet, un « Pacte de confiance » : Le gouvernement nous crée un environnement réglementaire, économique et législatif propice,  les entreprises, elles, s’engagent à construire un avenir pour notre pays et à tout mettre en œuvre pour ramener le taux de chômage à 7 % à l’échéance 2020. Ce dialogue, je veux aussi le mener avec les organisations syndicales, de manière ouverte. Nous devons tous avoir le même objectif : mener la bataille de l’emploi.

 

Quel est l’état de santé des entreprises françaises ?

P.G. : Les entreprises françaises sont asphyxiées par une fiscalité et des charges sociales beaucoup trop élevées, ligotées par un environnement législatif et réglementaire paralysant.  Elles sont terrorisées par un code du travail trop complexe générateur  d’erreurs et  trop contraignant. Cette accumulation est contre-productive et quand l’entreprise et l’esprit d’entreprendre sont en danger, c’est notre avenir commun qui est compromis. Un chiffre résume tout : Les entreprises françaises ont une marge de 28 % contre 40 % en moyenne dans l’UE. Elles supportent 100 milliards de charges de plus que leurs homologues européennes : 50 milliards en impôts et 50 milliards liés au coût du travail. Alors certes, le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) va dans le bon sens, mais ce n’est qu’un premier pas, c’est  insuffisant. Quant au choc de simplification annoncée, il doit aller au-delà de la seule simplification administrative. Les entreprises françaises ont besoin d’un environnement que j’appelle « 5S », c’est-à-dire simplifié, stabilisé, souple socialement, serein fiscalement et sécurisé.

 

Quelle sont les solutions pour faire baisser le chômage ? 

P.G. : Il n’y a pas 36 solutions, il n’y en a qu’une : l’entreprise. L‘entreprise est LA solution au chômage. Qui crée de l’emploi ? Ce sont les entreprises. Cessons de jouer sur les mots, de parler « d’emplois aidés », financés par les impôts. Le seul emploi qui vaille, le seul qui soit pérenne, le seul qui rapporte et ne coûte rien à la collectivité, est un emploi créé par le marché, par les clients, donc par l’entreprise. Un emploi qui soit lui-même créateur de richesses, non pas un emploi financé par nos impôts et par nos charges. Mais pour créer de l’emploi, il faut de la croissance. Et pour créer de la croissance, il faut des entreprises compétitives, innovantes, qui aient le soutien et la confiance de la puissance publique. Cette logique pragmatique devrait être l’obsession de notre gouvernement, sa ligne de conduite. Pour relancer durablement l’emploi, les pouvoirs publics doivent agir sur la compétitivité coût, qui regroupe quatre paramètres : le coût du travail, le coût de la fiscalité, le coût de la complexité et de la rigidité administrative et  le coût de l’énergie. Il y a un lien direct entre l’emploi et la compétitivité coût.

 

Comment voyez-vous la réforme des retraites qui se profile ?

P.G. : Nous avons besoin d’une vraie réforme structurelle qui remette les choses dans l’ordre pour plusieurs  années. La situation est dramatique, la France est à la croisée des chemins : nos régimes sont déficitaires de 15 milliards d’euros par an et si rien n’est fait d’ici à 2020, nous allons accumuler un déficit de 200 milliards d‘euros. Nous devons donc agir et agir en profondeur. Dans cette perspective, la seule solution acceptable et durable est de jouer sur deux paramètres : la durée de cotisation qu’il faut augmenter de 41 à 43 ans à l’horizon 2020 et  l’âge légal qu’il faut faire passer de 62 à 63 ans. Or que nous propose le gouvernement ? Une hausse des taxes et des cotisations. C’est-à-dire une non-réforme. Ce faisant, on ne règle rien. Comment croire en effet que seules les cotisations des entreprises et des salariés vont pouvoir combler les 200 milliards de déficit ? En cédant une fois de plus à la facilité de la hausse des cotisations, le gouvernement obère la relance et donc l’emploi : 0,1 % de hausse de cotisation, c’est à terme 6 à 10 000 chômeurs supplémentaires.

 

Le projet de loi de Finances 2014 tel qu’il se dessine vous paraît-il bon ? 

P.G. : Le PLF 2014 est un mauvais signal envoyé aux entreprises, qui devrait se traduire pour elles par une augmentation de 2,5 milliards de prélèvements supplémentaires. Cela montre une fois de plus l’incapacité du gouvernement à s’engager dans une véritable politique de réduction des dépenses publiques. Je préconise une baisse de charges de 100 milliards d’euros sur 5 ans, soit une diminution de 1,7 % du budget de l’Etat. N’importe qui dans son entreprise, ou même dans son foyer, est capable de baisser ses dépenses de 1,7 %. Mais pas les pouvoirs publics ? A qui peut-on faire croire cela ? Nous attendons du gouvernement l’engagement d’ouvrir des Assises de la fiscalité, nous sommes prêts à y participer. A une condition, toutefois : elles doivent être corrélées à un engagement résolu de baisse des prélèvements, et donc des dépenses publiques. Il est indispensable de  revoir notre fiscalité avant le PLF 2015. Il existe actuellement 147 taxes diverses qui pèsent sur les facteurs de production. Cette surtaxation généralisée des entreprises entretient de manière dramatique la dynamique du chômage. 

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