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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 11:14

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Paysan breton devenu urbain, Patrick Le Hyaric est un homme de convictions qu’il défend avec passion, autant dans les journaux L’Humanité et La Terre qu’il dirige, que dans son engagement politique. Député européen depuis 2009, à 55 ans il est aujourd’hui candidat pour le Front de gauche aux législatives, dans la circonscription d’Aubervilliers et Pantin en région parisienne.

 

Quelles premières mesures attendez-vous du Président Hollande ?

Patrick Le Hyaric - L’urgence est de répondre aux attentes de nos concitoyens en créant les conditions pour accroître leur pouvoir d’achat, avec une augmentation des rémunérations par un nouveau partage des richesses, et une diminution d’un certain nombre de coûts énergétiques et alimentaires. Pour ces derniers, il faut aller à la fois vers une meilleure rémunération du travail agricole, et contenir un certain nombre de prix alimentaires à la consommation en inventant de nouveaux mécanismes.

Par ailleurs, il faut entreprendre une réforme du secteur bancaire avec une modification du système de crédit, pour réduire l’endettement des agriculteurs, des artisans, des commerçants et des PME, afin de ne plus les asphyxier et maintenir l’emploi dans ces entreprises. Autre réforme structurelle à mettre en place, il est impératif d’arrêter de fermer les services publics, surtout dans nos campagnes si l’on veut stopper la désertification. Pour cela, nous devons sortir de la règle de la RGPP (révision générale des politiques publiques) en se dégageant des marges de manœuvres financières, avec une autre politique fiscale dont les recettes proviendraient plus du capital et moins du travail.

 

Le résultat de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle est-il satisfaisant et que peut-il augurer pour la suite, notamment aux législatives ?

P.L.H. - Le score de 11% réalisé par Jean-Luc Mélenchon dans le contexte actuel est un exploit considérable. En proposant le partage des richesses, une transformation du système démocratique, l’engagement dans une mutation écologique profonde, un changement des orientations des politiques européennes, il a rassemblé 4 millions d’électeurs et sans ces voix, François Hollande n’aurait pas été élu. Il serait bien qu’il y ait des représentants du Front de gauche à la direction des affaires du pays, cela signifierait un engagement vers une politique luttant résolument contre l’austérité et la crise, pour une réorientation de la construction européenne et qui sortirait du cadre actuel dans lequel se discute la réforme de la PAC.

Pour les législatives, il faut une majorité de gauche au parlement avec un pluralisme politique, comprenant des députés du Front de gauche qui garantiraient un vrai changement. S’il y a un risque d’élimination de la gauche dans une circonscription ou une possible élection d’un candidat du FN, l’ensemble des forces progressistes doivent se mettre d’accord dès le 1er tour pour éviter cela. Notre mouvement politique est en progression constante depuis que nous l’avons créé en 2009 aux élections européennes, et nous comptons bien continuer pour les législatives. A ce propos ma candidature a pour but de combattre notamment la perte de souveraineté des peuples et des parlements que nous subissons, en renforçant les rangs des députés qui feront tout pour que notre budget national ne soit pas décidé par le Président de la Commission de Bruxelles mais par nous-mêmes.

 

Que souhaitez-vous que la gauche mette en œuvre pour le monde agricole ?

P.L.H. - Nous devons arrêter cette loi de la jungle où on laisse importer à tout va, contre nos producteurs de fruits et légumes et de viande bovine. Il faut d’une part les protéger par un mécanisme de préférence communautaire contre la concurrence mondiale. D’autre part, rechercher des coopérations entre états voire continents et non entre multinationales, pour un respect des souverainetés alimentaires de tous les peuples dans le monde. Pour cela, l’OMC doit être beaucoup plus vigilante. Ensuite, des prix minima intra-communautaires à l’intérieur de l’UE doivent être mis en œuvre en réinventant les mécanismes de soutien public. En même temps sur le plan national, on pourrait mettre à l’étude un système de coefficient multiplicateur, qui interdirait aux intermédiaires comme les centrales d’achats de s’accaparer toute la valeur ajoutée de la production agricole, et de faire pression sur les prix à la production en important exagérément. On doit aussi favoriser l’installation des jeunes agriculteurs tant par les fonds structurels européens que par une politique nationale, dans une perspective de mutation environnementale de notre agriculture.

 

Quelles sont pour vous les priorités à l’échelle de la planète ?

P.L.H. - L’alimentation et l’eau sont les principales questions pour l’avenir de l’humanité. On ne règlera pas la question des migrations si on ne s’attaque pas aux questions de suffisance alimentaire. Certains peuvent faire des discours à courte vue sur les sans-papiers, mais ces gens-là ne viennent pas ici par plaisir mais parce qu’ils n’ont rien à manger. Il suffit de voir ce qui se passe au Sahel où les gens continuent de mourir de faim. Il faudrait de l’argent pour les sauver, mais au regard des dépenses militaires ou des sommes colossales que l’on a utilisées pour sauver les banques ce ne serait pas extravagant, et pourtant on ne le fait pas. Humainement on ne peut pas tolérer cela, pas plus que l’on peut accepter en France qu’un paysan avec un quota laitier de 900 000 litres soit au RSA. Pour l’un et l’autre, c’est le monde qui marche sur la tête.

 

Que représente aujourd’hui les journaux que vous dirigez et quel regard portez-vous sur le monde médiatique ?

P.L.H. - La Terre reste un journal de référence dans le monde rural avec une mission de médiation et de fédération pour faire revivre nos campagnes. L’Humanité porte aujourd’hui des choix de transformation structurelle de la société. Le journal est le confluent des débats d’idées de toute la gauche qu’elle soit politique, associative, syndicale ou des personnalités intellectuelles. Tous les journaux ont une orientation éditoriale, du Figaro à Libération en passant par La Croix ou Le Monde. Ils participent ainsi au débat démocratique et il faut les féliciter pour cela. A l’inverse, le système médiatique avilit le débat en découpant les phrases et les images en rondelles et en les passant en boucle, ce qui brouille totalement le message des politiques et fait perdre les repères. L’idée que les citoyens ne s’intéressent plus à la politique a été démentie durant cette campagne présidentielle, autant lors des primaires socialistes que lors des émissions de France 2 où les audiences ont été très fortes, ce qui est formidable pour la démocratie.

 

Quel pouvoir a le Parlement européen aujourd’hui et quel est votre sentiment sur l’austérité, la crise grecque et la croissance ?

P.L.H. - Le traité de Lisbonne donne au Parlement européen un pouvoir de codécision mais pas d’initiative. Par exemple pour la réforme de la PAC, nous avons un commissaire à l’agriculture avec lequel nous avons beaucoup travaillé, mais je sais qu’au bout du compte ce sera la Commission européenne et le Conseil européen qui imposeront leur vue. Il faut donc trouver un système plus démocratique. On sent bien au Parlement européen et un peu partout en Europe que l’on n’est plus dans une ligne d’austérité à tout prix. Tous les partis la prônant ont été rejetés lors d’élections locales et la victoire de François Hollande a contribué à débloquer la situation. Concernant la crise grecque, il faut arrêter le mémorandum de la Troïka (UE, BCE et FMI), donner de l’air à la Grèce, permettre à la banque centrale de prêter à 1% et congeler une partie de la dette, je pense que c’est une voie de sortie pour ne pas laisser la Grèce de côté.

Pour la croissance, il y a un débat intellectuel à avoir autour du terme de croissance pour définir comment on la conçoit. Si l’on fait de la croissance en augmentant la productivité du travail et la compétitivité, ce n’est pas positif, je préfère pour ma part le développement humain, social et écologique. Autant il est intéressant que l’on ait fait un pas sur le projet de croissance, autant on doit rester vigilant pour qu’elle se traduise par de l’emploi stable correctement rémunéré, et une forte réduction de la pauvreté que nous avons aujourd’hui dans l’Union européenne. Je ne remets pas en cause le fait que l’Allemagne et la France soient les fers de lance de l’UE, mais je préfèrerai que l’on ne discute pas uniquement de ce côté-là, et que l’on cherche à élargir la discussion avec d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal ou même le Royaume-Uni pour voir comment générer du développement humain.

 

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