« Les enjeux environnementaux sont une très bonne opportunité pour redonner du sens à nos vies »

Publié le par michelmonsay

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Après avoir été un des pionniers du commerce équitable en créant Alter Eco en 1998, Tristan Lecomte vient d’être nommé entrepreneur social de l’année avec sa nouvelle société Pur Projet, un collectif qui aide les entreprises à régénérer les écosystèmes dont dépend leur activité. A 39 ans, ce passionné de nature et d’écologie nous livre sa vision pointue du monde agricole.

 

Quelle image avez-vous du monde agricole ?

Tristan Lecomte – En raison des problèmes de durabilité des filières, des dérèglements climatiques mais aussi de l’augmentation significative de la population et de ses changements de consommation, le monde agricole et les sources d’approvisionnement vont devenir un enjeu majeur. On voit aujourd’hui des groupes industriels qui commencent à s’intéresser de nouveau à leurs filières agricoles, à investir pour régénérer les écosystèmes, et réconcilier ainsi leur propre développement économique avec l’équilibre écologique. Après avoir puisé le maximum des écosystèmes, les avoir dopés artificiellement avec des intrants de synthèse, on se rend compte des limites de ce modèle qui coûte cher, a un horizon de temps limité, qui en plus a causé de multiples dommages et a aujourd’hui un rendement décroissant.

Dans les 20 prochaines années, le monde agricole va connaître une mutation aussi importante que celle survenue après la seconde guerre mondiale, qui le mènera vers une agriculture verte. Comme il y a des produits à vendre, toute la recherche scientifique jusqu’à présent a été orientée vers le chimique, alors qu’avec du vivant et des techniques naturelles, on peut augmenter les rendements dans une vision circulaire sans déchets. Dans un contexte de crise pour le modèle agricole et de réforme du système d’aides, la création des marchés de services environnementaux pour préserver la biodiversité, qui représente le plus beau gisement d’emplois pour les années à venir, est une opportunité pour que l’agriculteur diversifie ses sources de financements et en tire un réel bénéfice.

 

Comment est considéré le monde agricole dans votre secteur d’activité ?

T.L. - Il y a le bon côté avec de très belles initiatives pour une agriculture nouvelle, et des jeunes qui se lancent dans l’activité agricole. A côté de cela, il y a également l’image de campagnes désolées avec des générations d’agriculteurs qui ne sont pas renouvelées, entraînant la perte de savoirs-faires. Enfin il y a l’agrobusiness avec les grands producteurs, qui sont mécanisés, endettés, et qui pulvérisent des produits chimiques à tout va.

 

Que proposeriez-vous pour un meilleur dialogue entre urbains et agriculteurs ?

T.L. - Des rencontres, des débats publics et au moment des vacances, ne pas hésiter à rechercher des échanges avec les agriculteurs. Nous les consommateurs, en ayant dit oui aux produits de l’agriculture intensive, avons contribué à son développement et son maintien. Alors que si nous demandons à notre agriculture, comme on l’entend beaucoup aujourd’hui, des produits sains, tracés, locaux, avec de la saveur, les agriculteurs pourront faire leur mutation et orienter leurs objectifs prioritairement vers la qualité plus que vers la quantité.

 

Pourriez-vous nous présenter votre parcours et votre actualité ?

T.L. – Tout a commencé lorsque j’étais étudiant à HEC, j’avais monté une association qui existe toujours, Solidarité France- Népal, dans le but d’envoyer des étudiants aider les népalais à devenir acteurs de leur propre développement. Puis après deux ans chez L’Oréal, j’ai crée en 1998 Alter Eco, une entreprise de commerce équitable, que j’ai dirigé durant douze ans. Depuis 2008, je m’occupe de Pur Projet où il s’agit d’assister les entreprises dans la régénération des écosystèmes de leur filière, notamment avec l’agroforesterie. Tous ces enjeux environnementaux sont une très bonne opportunité pour redonner du sens à nos vies en tant qu’individu, et du sens aux métiers et au rôle des entreprises dans notre société. Les agriculteurs bio avec lesquels nous sommes partenaires, nous disent tous que leur métier a de nouveau un sens beaucoup plus profond, ils travaillent vraiment la terre et ne balancent pas de pesticides dès qu’il y a un problème.

 

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