« Le Sénat est un lieu pertinent pour des esprits modérés aimant le dialogue »

Publié le par michelmonsay

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L’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin est resté une personnalité écoutée et estimée de l’échiquier politique, par son humanisme, sa modération, et sa connaissance du terrain avec plus de 13 ans à la tête de la région Poitou-Charentes. A près de 64 ans, le vice-président de l’UMP entend jouer un rôle de rassembleur au sein de son parti pour éviter un éventuel éclatement.

 

Quel est le rôle et le pouvoir du Sénat et des sénateurs ?

Jean-Pierre Raffarin - Le Sénat est une assemblée de sagesse moins soumise aux pressions de l’actualité que ne l’est l’Assemblée Nationale. Les sénateurs élus au suffrage universel indirect par  les élus locaux, sont moins exposés aux humeurs du temps. Le débat y est moins systématique, moins manichéen et plus ouvert vis à vis du clivage droite-gauche. Pour les textes concernant les territoires, le Sénat est saisi en premier et impose de ce fait un premier regard sur le travail législatif. Pour les lois générales, le dernier mot reste à l’Assemblée Nationale.

Il y a des progrès dans la lisibilité de notre travail parlementaire, notamment grâce à la chaîne Public Sénat. Le Sénat est un lieu pertinent pour des esprits modérés aimant le dialogue, qui ne font pas de la bagarre, l’alpha et l’oméga de la vie politique. La Haute Assemblée des communes de France ressemble bien au tempérament des élus enracinés, qui comme moi, sont passionnés par la décentralisation, la vie des territoires, la diversité française. Un sénateur est un médiateur entre le maire et l’administration locale et nationale, pour faire aboutir les projets des collectivités locales de son territoire, tant sur le plan du financement que sur le plan législatif.

 

Comment analysez-vous l’élection présidentielle et les premiers jours du nouvel exécutif ?

J.-P.R. - Les adversaires de Nicolas Sarkozy ont concentré les attaques plus sur la personne que sur le projet. L’antisarkozysme de la gauche a fragilisé le candidat, néanmoins le score est extrêmement serré. Cet antisarkozysme s’est appuyé sur des comportements maladroits en début de campagne, que le Président lui-même avait reconnus. La stratégie retenue a posé aussi un certain nombre de problèmes et n’a pas séduit sur des territoires politiques, au centre, et sur des territoires géographiques, à l’Ouest. Pour autant, Nicolas Sarkozy a fait une campagne extraordinaire et très mobilisatrice, avec des innovations politiques formidables comme ces grands rassemblements de la place de la Concorde ou du Trocadéro, dont nous n’avions pas la culture.

Concernant François Hollande et Jean-Marc Ayrault, je respecte les personnes, et le 1er Ministre a besoin de temps pour mettre en place ses équipes et ses projets. Attendons le discours de politique générale, un certain nombre de textes et la première session parlementaire, pour voir si les socialistes sont dans la réalité ou dans le rêve. Je pense cependant que ceux qui ont cru au changement dès maintenant vont vite devenir impatients. Les équations économiques notamment européennes que le Président et le 1er Ministre devront résoudre, leur imposeront une distance vis-à-vis de leurs promesses, qui pourrait augurer des temps difficiles pour le nouvel exécutif.

 

Pour les législatives, une cohabitation est-elle souhaitable pour le pays et l’UMP va-t’il se rapprocher du FN sur certaines circonscriptions ?

J.-P.R. - L’un des devoirs de l’opposition est d’empêcher la majorité socialiste de blesser durablement notre pays. Les 35 heures coûtent encore en 2012, 14 milliards d’euros au budget de l’Etat et 6 milliards d’euros au budget de la Sécurité Sociale. Même 10 ans après, ce genre d’erreur coûte très cher, d’autant qu’il est quasiment impossible de la corriger. Il nous faut donc empêcher que de nouvelles décisions irréversibles soient prises, telles que le droit de vote des étrangers, le recrutement des fonctionnaires ou l’arrêt de réacteurs nucléaires, en ayant le plus de députés possible à l’Assemblée Nationale. Dans les circonstances actuelles, l’idée d’une cohabitation n’est pas incohérente puisqu’il s’agit de faire face au cœur des institutions au Président Hollande, pour empêcher des décisions que nous pensons mauvaises pour la France.

Notre ligne politique à l’UMP est claire : il ne faut ni accord ni alliance avec le FN. Ceux qui choisiront une autre logique se mettront en marge du parti.

 

Au cas où l’UMP perdrait les législatives, quel sera son rôle et son positionnement entre le FN et le centre ?

J.-P.R. - Si nous ne gagnons pas, l’UMP doit préparer l’alternance en renouvelant sa pensée politique. Il faut ajouter à notre patrimoine les acquis de la pensée de Nicolas Sarkozy, sur des sujets comme le travail et la régulation mondiale, mais aussi ajouter des idées nouvelles en inventant des solutions à notre problème de cohésion sociale. Pour cela, il faudra faire émerger une nouvelle génération. La question du FN peut fracturer l’UMP, celle des egos et du combat des chefs peut aussi avoir un impact, mais je ne pense pas qu’il y ait un risque majeur de division. Mon rôle est d’essayer de convaincre que l’UMP doit vivre avec ses deux cultures pour être forte, une droite d’autorité, républicaine et populaire, et une droite humaniste. Quand l’UMP est déséquilibrée, elle ne gagne pas. Si nous avons rassemblé le RPR et l’UDF en créant l’UMP en 2002, c’est pour qualifier nos candidats devant le FN. L’éclatement de l’UMP aboutirait à une prédominance du FN pour le 2ème tour quelle que soit l’élection. Affaiblir l’UMP, c’est renforcer le FN.

Nous avons choisi de faire un grand parti qui vit de sa diversité, et non une alliance de partis pour obtenir une majorité, comme M. Hollande avec un rassemblement de contraires et de paradoxes entre M. Bayrou et M. Mélenchon. Pour avoir une majorité en France, il faut que 50% des gens soient d’accord avec vous mais pas nécessairement entre eux.

 

La situation de la Grèce vous inquiète-t’elle pour l’avenir de l’Europe ?

J.-P.R. – Un processus de désintégration de la zone euro serait mortel pour l’Europe toute entière. La Grèce doit impérativement rester dans la zone euro, même si cela nous coûtera énergie et argent. Les pays les plus fragiles ne peuvent pas avoir comme seule issue de quitter la zone euro, d’où une indispensable solidarité entre tous les membres et une solide relation franco-allemande. Si la Grèce par malheur quittait la zone euro, non seulement il y aurait de sérieux risques de guerre civile dans ce pays, mais en plus tous ceux qui ont spéculé contre la Grèce se retourneraient vers le nouveau pays le plus faible. Le jour où l’on coupera l’attache du dernier wagon, c’est l’avant-dernier qui deviendra la cible des marchés pour un jour atteindre même la France.

On ne parviendra pas à être solidaire de la zone euro et augmenter les dépenses publiques en France. Le Président devra renoncer à certaines de ses promesses pour participer à cet effort de solidarité, cela déclenchera des mécontentements, des déceptions et de possibles tensions dans le pays.

 

Il aura fallu attendre qu’il y ait plus de 13 000 morts pour commencer à parler d’une intervention en Syrie, y êtes-vous favorable ?

J.-P.R. - C’est un sujet d’une extrême difficulté à conséquence grave avec des risques d’extension du conflit, notamment au Liban. La position française est la bonne, elle exige le départ du dirigeant sanguinaire, dont le comportement contre son peuple est inacceptable pour les valeurs de la France. Il faut absolument convaincre la Russie et la Chine pour faire bouger les responsables syriens. Les pressions diplomatiques et les sanctions politiques ne suffisent pas, il faudra peut-être rétablir la paix par la force. Mais une intervention militaire est risquée. Une telle décision ne peut se prendre que dans le cadre du droit international avec une résolution de l’ONU. 

 

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