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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 12:33

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Interview réalisée le 18 juillet 2011, quand NKM s'occupait encore d'écologie !

 

Numéro 3 du gouvernement à la tête d’un ministère de grande ampleur depuis près d’un an, Nathalie Kosciusko-Morizet œuvre à la transformation écologique de la société. A 38 ans, elle concrétise l’engagement environnemental qu’elle a toujours manifesté, en mettant en œuvre les 268 mesures du Grenelle, et en prenant des décisions transversales dans une logique de développement durable.

 

Quelle est la place de l’écologie dans l’action gouvernementale ?

Nathalie Kosciusko-Morizet - L’écologie est centrale dans l’action gouvernementale, elle est le lieu de réorganisation des politiques et d’expression d’une vision d’avenir. Pour moi l’écologie est avant tout une invitation à modifier en profondeur nos systèmes de production et de consommation pour tenir compte des enjeux environnementaux majeurs tels que le changement climatique ou l’épuisement des ressources naturelles. Seule une transition vers un modèle plus durable nous permettra de concilier nos exigences de confort et notre éthique. Pour moi l’écologie n’est pas enfermée dans une série de politiques sectorielles, c’est même tout le contraire. Notre ministère regroupe toutes les administrations en charge des infrastructures, ce qui est une façon de considérer que le territoire ou la biodiversité sont des infrastructures. Pour faire du logement, vous avez besoin de consommer du territoire, pour faire du transport, vous créez des discontinuités environnementales. Auparavant, il y avait de perpétuelles bagarres entre l’environnement, les transports, le logement et ça se terminait en arbitrage à Matignon. Le ministre de l’environnement avait très peu de pouvoir. Aujourd’hui, le fait d’avoir fusionné les trois nous donne les moyens de mener des vraies politiques de fond, en diminuant les tensions entre les différents secteurs pour avancer dans le même sens.

 

Pouvez-vous nous citer quelques mesures phares de votre action ?

N.K.-M. - Quand je relance le dispositif d’accession à la propriété avec la rénovation du prêt à taux zéro + (PTZ+), je m’organise pour que toutes les politiques convergent. Le PTZ+ est sous conditionnalité environnementale, vous pouvez obtenir plus d’argent si vous achetez meilleure qualité environnementale. C’est un dispositif qui marche très bien, il permet d’aider les familles qui en ont le plus besoin dans des zones tendues. D’autant qu’en achetant de la bonne qualité environnementale, on a moins de charges qu’avec des logements de mauvaise qualité énergétique. Je suis heureuse également que l’on fasse avancer tous les dispositifs d’étiquetage environnemental. Ils nous permettent d’aider les consommateurs à choisir de manière cohérente avec leurs exigences éthiques, tout en valorisant les circuits courts et une production de qualité. Dans les années 1990, les étiquettes énergétiques pour les produits d’électroménagers ont complètement chamboulé le marché. Les appareils étaient notés de A à G, ceux qui ont obtenu E, F et G ont disparu de la vente, et on a été obligé de créer la catégorie A+ voire A++.  On vient de commencer un test d’affichage environnemental qui va durer un an sur plusieurs centaines de produits de grande consommation, pour choisir le support et le type d’informations les mieux adaptés en faisant participer le consommateur. A terme, l’idée est d’avoir une généralisation sur toutes sortes de produits en France et en Europe.

 

Que va apporter le plan national d’adaptation au changement climatique ?

N.K.-M. - On essaie de se mobiliser au maximum pour lutter contre le changement climatique dont on ne sait pas encore quel en sera l’ampleur, et pour y préparer les français.  La France est parmi les très bons élèves avec l’Europe même s’il y a une disparité à l’intérieur du continent, mais on a beaucoup de mal à entraîner la communauté internationale. Ce changement qui est en cours aura pour conséquences une multiplication d’événements extrêmes avec une augmentation des risques naturels de toutes sortes, une baisse de la disponibilité en eau, une modification des aires de répartition géographique de certains types de végétaux, d’animaux, de maladies, mais aussi des modifications importantes pour l’agriculture sur les possibilités des territoires et des variétés à cultiver. C’est un plan très vaste sans catastrophisme mais avec responsabilité comprenant de nombreuses mesures, comme celles sur l’aménagement de l’urbanisme côtier face aux prévisions de montée des eaux, pour éviter de nouveaux Xynthia.

 

Quelle est la position de la France sur le nucléaire après Fukushima ?

N.K.-M. - En matière d’énergie, la France a 3 piliers sur lesquels elle s’appuie et qu’elle est en train de conforter : La sureté nucléaire, qui n’est pas négociable et ne doit pas être soumise à des contingences financières. Le Premier Ministre a lancé après Fukushima un audit de toutes nos installations, et aucune décision ne sera prise notamment sur Fessenheim avant son rendu en novembre. Parallèlement, plusieurs dizaines de millions d’euros seront investis sur la recherche en matière de sureté nucléaire. Le 2ème pilier est l’efficacité énergétique, nous travaillons actuellement pour l’augmenter de plus de 20% à l’horizon de 2020. Le 3ème étant les énergies renouvelables, que nous voulons développer sans abandonner le nucléaire qui restera majoritaire et durablement installé dans le bouquet énergétique mondial, il suffit de regarder ce que préparent l’Inde et la Chine

 

Justement où en est la France avec les énergies renouvelables et de manière plus générale sur l’environnement est-elle un bon élève ?

N.K.-M. - Sur l’éolien offshore, comme c’est tout nouveau pour nous on veut tout de suite aller vers la création d’un point industriel. Par contre sur le photovoltaïque, il y a eu un premier dispositif de soutien trop tiré par des bas prix et orienté vers des technologies standard, qui amenait à l’importation de produits. Grenelle doit rimer avec création d’emploi. Je viens de lancer les appels d’offre pour l’éolien offshore et le photovoltaïque, en organisant ces dispositifs afin d’avoir une vraie politique industrielle en France et créer de l’emploi sur notre territoire. En 2020, on aura 5% de notre facture d’électricité en photovoltaïque et 3% en éolien offshore. Ces énergies renouvelables coûtent plus cher aujourd’hui que l’énergie nucléaire, pour les lancer, on fait peser une contribution sur la facture d’électricité. La légitimité de cette politique passe par la création de filières industrielles en France, et non par l’importation de panneaux chinois.

La France est bonne sur son émission moyenne en CO2 par habitant, ses politiques de protection de l’environnement et de prévention des risques naturels. On va prendre de l’avance sur l’éolien offshore, on est en phase de rattrapage sur la méthanisation, sur les déchets en matière de tri et de recyclage. Pour la gestion de l’eau, nous avons un dispositif d’organisation par bassin avec les agences de l’eau qui a été copié en Europe, ce qui ne veut pas dire que tout va bien dans ce domaine, la fuite des réseaux d’eau potable est un gâchis scandaleux.

 

Où en sont les relations entre le monde environnemental et le monde agricole ?

N.K.-M. – Avec mon collègue Bruno Lemaire, nous avons beaucoup de sujets communs, notamment des sujets de fonds comme avoir un urbanisme suffisamment dense pour préserver la terre agricole en zone périurbaine, garder des continuités écologiques qui permettent d’éviter les inondations récurrentes de terres agricoles en cas de catastrophe naturelle, mais aussi les produits phytosanitaires et les pratiques agricoles. Le Grenelle a aidé à surmonter un certain nombre de barrières entre les deux mondes, ce qui ne veut pas dire que tout est idéal mais il y a des points importants de convergence : La préservation de la terre agricole, on fait très attention par exemple pour le photovoltaïque à utiliser des friches industrielles, des anciennes carrières et pas de terres agricoles. Les cycles courts pour favoriser des produits nationaux de qualité, pas forcément bio, notamment dans les collectivités. Du côté des pratiques, le monde agricole est beaucoup plus sensibilisé aujourd’hui aux questions de santé environnementale. Enfin concernant les problèmes, comme celui des algues vertes, on les résoudra ensemble. Il est dommage que l’on ait laissé se développer un modèle agricole qui n’est pas tenable sur la durée dans un certain nombre de baies fermées, où la concentration de nitrates aboutit automatiquement aux algues vertes. On a en ce moment des dispositifs pilotes sur 8 baies, qui commencent à donner des résultats.

 

Faut-il être plus radical dans les mesures, notamment celles concernant la circulation en ville ?

N.K.-M. - Une politique environnementale bouscule forcément des intérêts, des habitudes mais chacun sait de plus en plus les limites, les contraintes, les impasses dans lesquels on est. Même si on râle on sait qu’il faut le faire et on demande à être bousculé. On a lancé dans le Grenelle un dispositif de restriction de circulation des voitures les plus anciennes dans les centres-villes, c’est loin d’être gagné. Pourtant plusieurs capitales européennes l’ont mis en œuvre et c’est le seul moyen de réduire les émissions de particules si nocives pour la santé en ville. Notre ministère passe beaucoup de temps à concerter tous les acteurs, c’est le principe du Grenelle, plus on change les choses plus on doit être à l’écoute.

 

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