Passionnante radiographie de notre époque du fin fond d'un village de Transylvanie

Publié le par Michel Monsay

Passionnante radiographie de notre époque du fin fond d'un village de Transylvanie

Une palme d'or en 2007 ("4 mois, 3 semaines et 2 jours"), un prix du scénario en 2012 ("Au-delà des collines"), un prix de la mise en scène en 2016 ("Baccalauréat")… Jusqu'alors, le parcours au Festival de Cannes du cinéaste roumain Cristian Mungiu ressemblait à un sans-faute. En mai dernier, le metteur en scène aurait mérité de compléter sa collection de prix avec "R.M.N.", qui signifie IRM en français, un film impressionnant sur la Roumanie et plus généralement sur l'Europe d'aujourd'hui. On se demande encore comment le jury de Vincent Lindon a pu passer à côté d'un tel film pour récompenser à la place des œuvres très moyennes, comme "Sans filtre" ou "Close".  Cristian Mungiu livre ici une analyse captivante de la société roumaine et des maux dont elle souffre. Ce film résolument politique s’installe dans un village de Transylvanie secoué par une fronde xénophobe dès l’arrivée de travailleurs sri-lankais. Le cinéaste décortique cette violence qu’il met remarquablement en scène, en montrant le surgissement de ce que l'humanité a toujours voulu repousser, contenir loin de ses villes, de ses champs, de ses rêves, une forme d'animalité et de monstruosité qu'un XXIe siècle vorace et impitoyable convoque, et dont le surgissement est désormais imminent. Cristian Mungiu, fidèle à un style réaliste qui privilégie les plans séquences, suit à la trace quelques personnages qui n'ont rien d'héroïque pour mettre en scène notre époque et ses déraisons : Le communautarisme exacerbé, la hantise du grand remplacement, la déliquescence sociale qui attise la peur de l'autre et le racisme… Avec son scénario inventif qui évite les pièges du didactisme, sa mise en scène d'une rigueur implacable et son enchevêtrement de langues (le roumain, le hongrois, l'allemand, le français) qui ne témoigne en rien d'une mondialisation heureuse, "R.M.N." donne à voir des réalités malheureusement universelles. Cette tentation de désigner l'autre et l'étranger comme les responsables de tous nos maux est une sorte de constante dans l'histoire et elle est ravivée aujourd'hui partout dans le monde avec les nationalismes belliqueux de toutes sortes. Le cinéaste atteint magistralement son objectif : Frapper fort là où ça fait mal, avec ce film sombre, sensoriel, et d’un réalisme ponctué d’onirisme. "R.M.N." est l'un des films les plus importants de l'année.

Publié dans Films

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