Léger et grave, solaire et douloureux, fragile et fort

Publié le par Michel Monsay

Léger et grave, solaire et douloureux, fragile et fort

Le premier long métrage écrit et réalisé par Sandrine Kiberlain est d’une grande beauté. Un hymne fervent, en un temps de menace et de mort, à la vie, la jeunesse et l’amour du théâtre. D’une grâce infinie, le film suggère l’époque plus qu’il ne la montre, et, centré sur la figure d’Irène, sa soif de bonheur, son désir de tout embrasser, il fait ressentir à mesure qu’il avance comment le terrible danger a pu être occulté trop longtemps, rester au second plan. Malgré les signes, malgré la conscience des plus âgés que l’ennemi est là. Précision de l’écriture, justesse du regard, et, dans cet écrin parfait, des acteurs regardés, magnifiés. André Marcon, Anthony Bajon, India Hair et Françoise Widhoff sont le chœur qui entoure et cajole cette Irène merveilleuse à laquelle Rebecca Marder, pensionnaire de la Comédie française, vive et radieuse, confère une présence impressionnante. Le film est un combat constant entre la forme, légère, le fond, extrêmement sombre, avec le spectateur, pris entre ces deux feux. Une jeune fille qui va bien installe par ce procédé un suspense tenace et terriblement douloureux. Détenteur d'une information capitale mais inconnue des personnages, le spectateur ne peut plus être passif, ne peut plus savourer les scènes légères, il sait de quoi il retourne, il ne veut pas avoir raison, mais il n'a pas le choix. Avec un goût très sûr, Sandrine Kiberlain s’est affranchie des lourdeurs de la reconstitution historique. Dans la vivacité, dans l’air du temps, elle saisit ce miracle en mouvement : Irène. Elle est la lumière, la joie, le charme, la fantaisie, le jeu, l’envie de rôles, l’ouverture au monde. Elle est tous les possibles. Mais dans l’air de 1942, il y a aussi un crime contre l’humanité, un génocide toujours plus menaçant pour ceux qui portent l’étoile jaune. En orchestrant comme un crescendo la confrontation entre l’élan de la vie et l’arrêt de mort programmé par l’idéologie nazie, le film redonne à cette période une vérité saisissante. Tourné vers la jeunesse d’hier, il la célèbre en parlant à celle d’aujourd’hui du courage d’être soi-même et de s’ouvrir à la vie, quoi qu’il advienne. La dernière image de ce film grave et lumineux, délicat et puissant, bouleverse et nous poursuit très longtemps.

A voir ici pour 4,99 €.

Publié dans replay

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