Un drame pudique et poignant

Publié le par Michel Monsay

Un drame pudique et poignant

En retraçant l’enquête intérieure d’une rescapée d’un attentat parisien atteinte d’amnésie, Alice Winocour tisse un bouleversant récit sur la fragilité de l’existence et la force du collectif. La cinéaste, dont on avait beaucoup aimé son précédent film "Proxima", aborde le sujet délicat des attentats de 2015 avec sensibilité, intelligence et retenue. Miroir d'une brûlure encore vive, "Revoir Paris" a la puissance des instantanés. Dans quelques mètres carrés, l'espace martyr de la brasserie où a lieu l'attentat regroupe tout ce qui fait la capitale : cuisiniers sans papiers, touristes de passage, serveuses précaires, bourgeois biens installés… Alice Winocour, dont le frère est un rescapé du Bataclan, parvient avec une émouvante justesse à raconter le désarroi qui survient après la violence et la peur. Si le spectre des attentats du 13 novembre 2015 plane sur l'ensemble de son film, Alice Winocour choisit de ne jamais les mentionner, contournant le point de vue strictement factuel. A la fois plus universel et plus intime, l'angle que choisit la cinéaste pour rendre compte de l’impact d'un tel traumatisme, sur ceux qui ont survécu ou sur les proches des victimes, épouse la subjectivité de sa protagoniste, dont le point de vue guide autant notre cheminement dans le récit que la mise en scène. Passée la scène de l'attaque, saisissante de réalisme, le film montre non pas la difficulté de continuer à vivre après le choc d’un attentat, mais bien la difficulté de revenir à la vie, au monde. Les comédiens apportent leur talent avec une pudeur de chaque scène et un refus obstiné de la sensiblerie, qui contribue pleinement à la force émotionnelle du film, notamment Virginie Efira une nouvelle fois remarquable.

Publié dans Films

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