Magnifique et douloureux éveil des sens d'un enfant de 10 ans

Publié le par Michel Monsay

Magnifique et douloureux éveil des sens d'un enfant de 10 ans

Caméra d'or en 2014 pour "Party girl" qu'il avait coréalisé, Samuel Theis revient cette fois pour son premier film en solo, "Petite nature", un récit d’apprentissage bouleversant, porté par un gamin qui crève l'écran. En grande partie autobiographique, ce récit qui a pour cadre la Lorraine, région natale du cinéaste, et en particulier Forbach, explore l'éveil affectif, intellectuel et sexuel d'un enfant de dix ans. Rien n’est lourd ni malaisant dans ce portrait vivifiant, bien au contraire. Le pouls bat fort dans chaque seconde de l’aventure, de la captation de l’intériorité des êtres à la révolte enfantine. Samuel Theis filme avec humanité un drame social pétri de vérité dans l’évocation des petites gens, mais aussi dans le réalisme de ses images et l’interprétation de ses trois comédiens principaux, deux non-professionnels impressionnants de justesse, Aliocha Reinert avec sa bouille d'angelot à la longue chevelure blonde, ses yeux bleus, et son allure androgyne, et Mélissa Olexa, un mélange de féminité et de virilité, quant à Antoine Reinartz, il nous touche à chaque nouvelle prestation depuis "120 battements par minute". Le cinéaste capte le contexte social au plus prés dans des décors de banlieue filmés en écran large, et des appartements modestes, il s'inscrit dans les traces des frères Dardenne ou de certains films de Maurice Pialat. Envisagé à hauteur d'enfant, ce très beau film aborde avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité la question de la honte sociale et celle du désir d'émancipation chez un jeune garçon qui veut de toutes ses forces s'arracher à son milieu.

Publié dans Films

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