Les éternels

Publié le par Michel Monsay

Les éternels

A 48 ans, Jia Zhang-Ke est sans doute l'un des plus grands cinéastes chinois. Depuis une vingtaine d'années, ses films mettent en lumière les profondes métamorphoses de son pays avec les conséquences parfois désastreuses qu'induit cette marche forcée vers un libéralisme sauvage. Outre cette formidable plongée dans la Chine profonde loin des grandes villes, dont on parle très peu aux actualités et que le cinéma n'explore pas assez, ce film noir fascinant qui démarre en 2001 pour se finir de nos jours est aussi un magnifique portrait de femme dans un monde d'hommes et de violences. Remarquablement incarnée par la muse et épouse du cinéaste, héroïne de huit de ses films, Zhao Tao, cette femme amoureuse impressionne par sa fidélité, sa loyauté, sa droiture face à un homme qui n'est pas à la hauteur. Trois parties distinctes structurent le film, la première colorée et survoltée correspond au règne des héros sur ce petit monde de la pègre locale, puis viennent des teintes délavées et une ambiance mélancolique voire sinistre avant de finir dans une atmosphère plus sombre dans tous les sens du terme. La fluidité des ellipses, la beauté des cadrages contribuent à faire de ce film, qui change de style et de rythme en cours de route avec maestria, une œuvre à la fois romantique, romanesque, sociale, foncièrement noire et profondément marquante.

Publié dans Films

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