Le retour d’un grand maître

Publié le par Michel Monsay

Le retour d’un grand maître

En regardant la filmographie d’Emir Kusturica, y figurent seulement neuf long-métrages de fiction en 35 ans, malgré cela il est devenu un cinéaste essentiel dont les œuvres ont obtenu de nombreuses récompenses, notamment deux Palmes d’or. Dans ce nouveau film, on retrouve le grand Kusturica dont la verve n’avait pas été aussi inspirée depuis 2004 avec « La vie est un miracle ». A 62 ans, celui qui a su si bien nous plonger au cœur de l’âme des Balkans dans ses films revient aujourd’hui à l’époque de la guerre dans l’ex-Yougoslavie, pour nous conter une histoire d’amour avec sa folie, sa poésie, sa truculence, sa violence aussi. Cette inventivité qui le caractérise se traduit dans les multiples trouvailles dont le film se nourrit, de même que dans la mise en scène, aussi bien dans les séquences tendres, oniriques que dans celles plus furieuses autour de la guerre ou lors de fêtes. Le réalisateur serbe n’a pas son pareil pour évoquer des sujets graves, dramatiques en y mêlant un aspect burlesque, fantaisiste sans que cela n’enlève rien à la puissance de son cinéma. Devant la caméra, pour la première fois il interprète le personnage principal et chose assez rare a fait appel à une star internationale pour jouer à ses côtés, Monica Bellucci. L’actrice italienne s’intègre parfaitement à l’univers et aux personnages hauts en couleur de Kusturica, et trouve ici peut-être son plus beau rôle. Dans un village de montagne en Bosnie-Herzégovine, alors que la guerre fait rage, les habitants continuent de vivre à peu près normalement, même si certains participent aux combats. Parmi les autres, une femme corpulente d’un âge moyen et sa fille vivent dans une maison où se trouve une énorme pendule qui s’arrête régulièrement, et que la jeune femme est chargée de réparer au risque de se faire taillader la main. D’autres, après avoir tué un cochon, versent le sang dans une baignoire posée à l’extérieur où viennent se tremper des oies blanches. Il y a aussi cet homme, le personnage central, qui apporte chaque jour à dos d’âne du lait aux combattants du village, échappant par enchantement aux tirs et aux bombes. En s’inspirant de la réalité qu’il accommode de son imagination débordante, Kusturica nous offre un merveilleux film pétri de sens, de tendresse, d’énergie, où la musique a toujours une place essentielle et participe au bonheur de se replonger dans l’univers de ce grand cinéaste.

 

                                                                                                                 

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