Une vie après le 20h

Publié le par Michel Monsay

Une vie après le 20h

Seule femme à avoir présenté en semaine sur TF1 privatisé le journal télévisé le plus regardé d’Europe, Laurence Ferrari continue aujourd’hui sur CNews à nous parler d’actualité et de politique. Du magazine « Sept à huit » sur TF1 dès 2000 à « Punchline » sur C8 en 2017, elle a également animé plusieurs émissions de reportages et d’interviews avec toujours un souci d’innovation.

 

Quelques jours après le débat avec les 11 candidats à l’élection présidentielle sur CNews et BFM TV, Laurence Ferrari revient sur le défi qu’elle a relevé avec Ruth Elkrief en animant cette grande première dans l’histoire de la Ve République. Grande première qui restera unique jusqu’à nouvel ordre, puisque ce sera la seule confrontation entre tous les candidats. La journaliste est plutôt satisfaite de la manière dont l’événement s’est déroulé : « Il n’y a pas eu de prise en otage du débat par un candidat qui aurait créé du trouble, nous voulions un échange républicain qui permette à chacun de s’exprimer. Même s’il a fallu parfois taper du poing sur la table pour faire respecter les temps de parole, s’il y a eu quelques imperfections, des thèmes que l’on n’a pas eu le temps d’aborder, le débat a été globalement de bonne tenue et intéressant. » Elle a pris beaucoup de plaisir dans cet exercice, notamment en observant les réactions des uns pendant que les autres parlaient. En tout cas bien plus qu’en dirigeant avec David Pujadas le débat de l’entre-deux tours en 2012 qui opposait François Hollande à Nicolas Sarkozy, où elle avait été marquée par la tension et la violence de l’affrontement. Entre-temps, elle a aussi présenté avec Ruth Elkrief en novembre 2016 un des débats de la primaire de la droite et en janvier 2017 un de celle de la gauche.

 

Une femme déterminée

Que ce soit dans ce genre de débats ou lors d’interviews, la particularité de Laurence Ferrari est d’être assez spontanée, réactive aux propos de son interlocuteur, concise et percutante dans ses questions. Une interview réussie, à ses yeux, consiste à bousculer le politique : « Il faut le sortir de ses éléments de langage, de son déroulé habituel, il a un rythme, une musique que l’on se doit de bien connaître pour essayer de perturber la mécanique et obtenir une réponse plus naturelle. » Être une femme lorsqu’on est exposé de la sorte, notamment durant ses quatre années au journal de 20h sur TF1, a pour conséquence que l’on pardonne moins que pour un homme. Son moteur, qui lui permet de couper court aux éventuelles critiques, est de savoir se remettre en questions, de progresser afin de moins se laisser déstabiliser et d’avoir le recul historique sur le parcours de son interlocuteur. Cela dit être une belle femme a néanmoins été un atout, reconnaît-elle, tout en précisant qu’il faut d’autant plus gagner ses galons et travailler. L’impression de facilité et de fluidité qu’elle donne à l’antenne nécessite des heures de préparation en amont avec son équipe pour maîtriser au maximum l’actualité du jour et le profil de l’interviewé.

 

Nouvelles chaînes, nouveaux défis

« Le direct Ferrari » de 18h à 20h du lundi au jeudi sur CNews (canal 16 de la TNT) s’est transformé le temps de la campagne en « Grand journal de la présidentielle ». Il s’agit d’une émission avec une interview, un débat et un traitement de la matière politique et des dernières nouvelles. Le dimanche à 11h45 sur C8 depuis septembre 2016, Laurence Ferrari présente « Punchline » un magazine politique davantage dirigé vers les jeunes, qui leur donne la parole et décrypte les phrases fortes de la semaine, comme celle de Philippe Poutou s’adressant à Marine Le Pen durant le débat : « Quand on est convoqué par la police, nous ouvriers, on n’a pas d’immunité ouvrière. Désolé, on y va. » Elle aime la complémentarité de ces deux émissions, par leur approche différente de la politique, et leur format, la seconde étant diffusée sur une chaîne généraliste, la première sur un chaîne d’infos en continu. Souvent critiquées, ces chaînes se sont imposées aujourd’hui dans le paysage audiovisuel, affirme la journaliste : « Elles sont de plus en plus regardées et des processus ont été mis en place pour éviter les erreurs ou donner des informations trop rapidement. Il y a également plus d’émissions avec des personnalités qui permettent un décryptage de l’actualité. »

 

En pleine lumière puis en lumière tamisée

Le 20h de TF1, tous les soirs de la semaine, aucune femme ne l’avait présenté depuis la privatisation de la première chaîne. Dès août 2008, Laurence Ferrari relève le défi en prenant la suite de 21 années de PPDA. Malgré la tension, cela reste une expérience incroyable pour la journaliste qui, au-delà d’être suivie chaque soir par une audience très importante, se rappelle notamment les reportages sur le terrain en Iran, en Afghanistan, au Groenland, l’interview de Barak Obama, la campagne présidentielle de 2012 avec le fameux débat. Après la violence de la surexposition médiatique du 20h et des critiques qui l’accompagnent, elle opte pour un projet plus serein en animant un talk-show 100% féminin sur D8 de 2012 à 2016, Le grand 8. Elle s’entoure de quatre chroniqueuses, dont Roselyne Bachelot avec laquelle le courant passe à merveille. Cette bande de filles qui ne se prend pas au sérieux traite toutes sortes de sujets dans la bonne humeur et parfois l’émotion. Parallèlement, dès 2013 elle présente aussi une émission politique quotidienne sur iTélé, intitulée Tirs croisés, poursuivant ainsi le fil conducteur de son parcours. La journaliste prouve ainsi qu’il y a une vie après le graal que représente le 20h, et se dit bien plus heureuse depuis 5 ans en ayant plus de liberté et de souplesse.

 

Le hasard fait bien les choses

Son enfance à Aix-les-Bains, entre lac et montagne, a été sportive, le ski l’hiver, la voile l’été, ainsi que la course à pied qu’elle pratique toujours aujourd’hui, de même que la natation et la gym qui sont à ses yeux le remède le plus efficace pour évacuer le stress de son métier. Sa vocation est née par hasard, confie-t-elle : « Je voulais être chirurgien mais la médecine n’a pas voulu de moi, je crois qu’elle a eu raison ! J’ai ensuite cherché pour quoi j’étais faite, et après une école d’attachée de presse à Lyon, sans grand enthousiasme, j’ai commencé à faire des stages, notamment à Europe 1 où j’ai eu un coup de foudre pour cette rédaction. Je l’ai intégrée tout en continuant mes études à Paris, en faisant un DESS de communication politique et sociale. » Elle reste ainsi 10 ans à Europe 1 où elle apprend le métier de journaliste en gravissant progressivement les échelons, avant d’intégrer le groupe TF1, d’abord à LCI en présentant des journaux, puis sur TF1 en remplacement de Claire Chazal le week-end. Durant cette période, elle crée avec son premier mari Thomas Hugues le magazine de reportages « Sept à huit », qu’ils présentent ensemble tous les dimanches durant 6 ans, fait assez rare et peut-être même unique pour être souligné. Avant de se voir confier le fameux 20h en 2008, elle part deux années sur Canal+ où elle produit et présente une émission politique assez novatrice, « Dimanche + ».

 

Le travail ne lui fait pas peur

Tout au long de ses 30 ans de carrière à la radio puis à la télévision, elle s’est servi des deux clés qui lui semblent indispensables pour réussir dans son métier : la curiosité et le travail, pour lequel elle n’a pas rechigné, « surtout lorsque l’on n’a pas fait d’école de journalisme », comme elle le souligne. En novembre dernier, la grève à iTélé a fait couler beaucoup d’encre et la position de Laurence Ferrari n’a pas forcément été bien comprise : « J’ai toujours soutenu la rédaction et ses revendications, et je suis restée au plus proche d’elle tout au long de la grève. Simplement, je n’ai pas voulu moi-même faire grève, ça ne fait pas partie de mes valeurs. Nous avons la chance d’avoir un métier de libertés, que l’on doit pouvoir exercer tous les jours, il y a un droit à informer et à être informé. J’ai été très meurtrie que la moitié de la rédaction parte dans ces conditions. »

 

Faire des choix

A 50 ans, le seul petit regret qu’elle peut avoir est de ne pas avoir fait plus de reportages sur le terrain, elle qui voulait à la base être reporter mais a finalement choisi de travailler en plateau : « Etant mère de famille, il est plus simple d’être présentatrice, cela permet de savoir l’heure à laquelle on rentre, que reporter où on ne sait jamais ce genre de choses, le choix s’est imposé de lui-même. » Du coup, c’est vraiment en interview qu’elle s’épanouit le plus : « Dès que j’ai quelqu’un en face de moi, il y a cette interaction dans l’échange, l’adrénaline, le challenge, c’est là que je suis vraie. »

La notoriété est arrivée dans la vie de Laurence Ferrari depuis sa période à TF1, surtout durant ses quatre années au 20h : « Vous entrez dans la vie des gens tous les soirs au moment du dîner, vous faites partie de la famille en quelque sorte. On entre ainsi dans la notoriété sans s’en rendre compte et on n’en ressort jamais. » Si elle vit très bien ce lien avec le public, elle a par contre systématiquement porté plainte pour atteinte à la vie privée contre la presse people. Energique, optimiste et impulsive, elle prend ses décisions très rapidement. En plus du sport qu’elle pratique régulièrement, la lecture a une place de choix dans son temps libre. Elle se voit bien continuer dans la veine politique, d’autant que le quinquennat à venir s’annonce intéressant, selon ses propos, tout en allant un peu plus sur le terrain pour traiter des sujets de société.

Publié dans Portraits

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