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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 09:14
« Les politiques doivent revenir à plus de simplicité en réfléchissant sur le fond »

Directeur de recherches associé au CEVIPOF de Sciences-Po, établissement  où il a longtemps été également professeur, Roland Cayrol est un des politologues les plus demandés des médias. Cofondateur et directeur général de l’institut de sondages CSA durant 25 ans, il intervient chaque semaine dans C dans l’air, sur BFM TV avec Ruth Elkrief et Jacques Séguéla, sur LCP, et RTL avec Marc-Olivier Fogiel.

 

Quel est votre regard sur les nouvelles formes de communication en politique ?

Roland Cayrol - L’information en continu et les réseaux sociaux ont changé le rythme de la communication en politique. Avant, les politiques sortaient de temps en temps de leur réserve et faisaient beaucoup de bruit, puis se faisaient à nouveau oublier. Aujourd’hui ce n’est plus possible, il faut en permanence entretenir la bête médiatique. Même s’ils ne sont pas tous spécialistes des réseaux sociaux, ils ont tous au moins un collaborateur qui alimente leur compte Twitter et Facebook. La campagne électorale de Barack Obama, notamment sur les réseaux sociaux, a beaucoup marqué les esprits. Depuis, Nicolas Sarkozy a annoncé sa candidature à la présidence de l’UMP sur sa page Facebook. Mais cette nouvelle communication est un piège. Vu qu’il y a une grande méfiance à l’égard des politiques, il leur est extrêmement difficile de faire passer une image de sincérité par l’intermédiaire de ces nouveaux outils. Les gens ne sont pas dupes et sentent que c’est de la com. Les politiques doivent revenir à plus de simplicité en proposant des projets, en réfléchissant sur le fond, en travaillant les dossiers, mais comme nous vivons encore le cumul des mandats, même s’il a été réduit, ils n’en ont pas le temps. Les fonctions qu’ils exercent sont des métiers à plein-temps et il faudrait les exercer comme tel.

 

Le 1er tour catastrophique des Régionales en 2015 n’a pas suffi aux politiques pour changer de comportement, que leur faut-il ?

R.C. - Que la gauche ou la droite ne soit pas au deuxième tour en 2017 ne sera pas une surprise comme en 2002, c’est une catastrophe annoncée et on y va tranquillement. Ceci dit, il faut savoir que depuis la première élection présidentielle en 1965, nous n’avons jamais su un an avant, foi de sondeur, quels seraient les deux candidats du deuxième tour. En tout cas, le nouveau président sera bien forcé de ne pas renouveler l’erreur de Jacques Chirac, qui avec ses 82 % de 2002 avait constitué un gouvernement pour ses 19% du premier tour. Mettons que le vainqueur en 2017 obtienne 60% des suffrages, il faudra qu’il tienne compte de la diversité de ces 60%, sans quoi en 2022 ce sera une voix royale pour Marine Le Pen. On peut donc imaginer qu’il y aura une recomposition globale du système politique et une façon d’aborder les choses différemment qui ne soit plus notre habituelle guerre gauche-droite. Il faudrait changer par ailleurs un certain nombre de dispositifs de la Constitution pour redonner à notre système de la souplesse, de l’équilibre avec un vrai contre-pouvoir et de la culture du compromis. Nous sommes le seul pays où il faut 50% pour être élu président, ailleurs 35 ou 40% suffisent à devenir premier ministre ou chancelier, et le vainqueur trouve alors un accord avec les autres partis. Cela veut dire qu’en France, un seul parti truste tous les pouvoirs pendant cinq ans, l’autre ou les autres étant renvoyés dans l’obscurité jusqu’à la prochaine fois.

 

Comment expliquez-vous la côte d’Emmanuel Macron et d’Alain Juppé, et comment voyez-vous l’élection présidentielle à gauche ?

R.C. - Les français  veulent aujourd’hui des hommes ou femmes politiques qui prennent des mesures et fassent avancer les choses, que ce soit emprunté au socialisme ou au libéralisme n’a pas d’importance. Emmanuel Macron et Alain Juppé pratiquent un réalisme qui plait, ils transgressent un peu les lignes habituelles tout en restant pour le moment fidèle à leur camp. Pour Emmanuel Macron, un ministre qui en 18 mois fait une telle percée dans l’opinion est une première. Il a prouvé qu’il était libre avec un parler vrai tout en étant ministre, c’est ce qui paye le plus. D’une certaine façon la gauche, avec les anciens dogmes des congrès socialistes, a vécu, il faut donc chercher ailleurs.

Je pense que François Hollande souhaite absolument se représenter, il sait qu’il lui faudra passer par un trou de souris, mais il est persuadé que la situation est meilleure sur le plan économique et continuera à s’améliorer. D’après les indicateurs il n’a pas tort mais le problème est que les gens n’y croiront que si l’emploi repart. Si en décembre les chiffres du chômage et de sa popularité ressemblent à ceux d’aujourd’hui, il a tout intérêt à ne pas se représenter, mais pour l’instant il croit toujours à l’embellie qu’il avait promise. Vu qu’il le dira en décembre, il n’y aura pas de primaires, et logiquement ce devrait être Manuel Valls. C’est pour cela que le Premier Ministre restera d’une loyauté totale envers le Président jusqu’en décembre, mais en même temps sur chaque dossier il a intérêt à faire entendre sa petite musique. Reste l’inconnue que représente Emmanuel Macron.

 

Quel est votre sentiment sur les primaires de la droite et sur le vote FN ?

R.C. - Pour les primaires de la droite, il n’y aura que quatre ou cinq candidats au final, les autres se seront montrés pour se rappeler au bon vouloir de ceux qui feront les gouvernements. Dans tous les pays d’Europe, il y a une espèce de bons sens où tous les leaders qui ont été battus se retirent après, mis à part Berlusconi, donc Nicolas Sarkozy est mal placé dans l’opinion. A l’inverse, Alain Juppé se porte bien, mais n’oublions pas que quelqu’un peut s’effondrer en cours de campagne, il existe des précédents. Pour ce qui est du Front National, ce n’est pas un vote d’adhésion mais de rejet de la gauche et de la droite. La plupart de leurs électeurs ne connaissent par le programme du FN, et en majorité ils ne sont pas d’accord avec certaines propositions, comme celle de quitter l’Europe. Aux élections départementales, des candidats FN ne se sont même pas rendus dans le département durant la campagne et ont obtenu le même score que leurs collègues ailleurs, voilà bien la preuve que l’on vote pour dire non. Donc Marine Le Pen peut faire un peu plus qu’elle n’a jamais fait sans pour autant briser le plafond de verre. Rappelons que 2/3 des français ne veulent pas du FN au pouvoir.

 

Pourquoi la loi travail est-elle si compliquée à faire passer et de manière plus générale notre pays peut-il être réformé ?

R.C. - Il s’agit de l’une des plus gigantesques erreurs de communication gouvernementale, qui confine à l’amateurisme politique. D’une part, François Hollande s’y prend trop tard dans son mandat pour lancer une telle réforme, d’autre part il avait annoncé qu’il fallait faire de la concertation sociale avant le débat politique pour les lois à caractère social, et il ne l’a pas fait si ce n’est après la contestation. Malgré tout, il reste beaucoup de choses dans cette loi mais personne ne sait plus ce qu’il y a dedans et il n’y a pas de communication sur le contenu du texte pour en vanter ses mérites. Résultat, sont venus se greffer à la contestation de la loi El Khomry, des problèmes de conditions de travail, de salaire, et cette contestation n’a plus grand-chose à voir avec le projet de loi, mais à un an des élections, c’est d’assez bonne guerre. Je ne crois pas qu’il y ait une vraie convergence des luttes entre les raffineries, la SNCF et les universités. La loi passera et la contestation va finir par s’arrêter et se reporter sur des objets plus politiques. L’idée que notre pays ne peut pas être réformé vient des politiques, car ils n’ont pas le courage de proposer de vraies réformes et de les expliquer. Il suffit de tester auprès de l’opinion les mesures qui sont dans les projets de réforme, pour constater qu’une majorité de français y sont favorables et sont même prêts à aller plus loin, mais les politiques ont peur du peuple. D’ailleurs, parfois les réformes se font sans les politiques notamment dans les entreprises ou dans certaines corporations.

 

Les politiques français sont-ils plus machistes que leurs voisins, et l’affaire Baupin va-t-elle faire changer les comportements ?

R.C. - Les comportements que l’on voit au Parlement français n’existent pas dans les pays voisins, dans lesquels il y a davantage de femmes parlementaires et où le machisme a été annihilé, même dans les pays latins où une révolution culturelle s’est faite. On peut penser que les choses vont bouger après cette affaire Baupin, car au moment de l’affaire  Strauss-Kahn, les réactions étaient variées, il y avait même des politiques pour dire qu’il n’y avait pas mort d’homme, alors qu’ici c’est une condamnation unanime. Ce qui est surprenant est qu’il s’agit d’un écologiste, le parti à priori le plus féministe, qui respecte une vraie parité. A propos de parité, comme tout le monde a l’air content du scrutin binominal des départementales, pourquoi ne pas envisager la même chose pour les législatives, il y aurait ainsi plus de femmes à l’Assemblée nationale.

                                                                                 

Quelques repères

Roland Cayrol a toujours été universitaire à Sciences-Po, dont il est sorti titulaire d’un doctorat, et où il a enseigné toute sa carrière en étant également directeur de recherches. Il a contribué à fonder l’institut de sondages Louis Harris en 1977, puis CSA en 1986 dont il est resté directeur général jusqu’en 2011 avant de le vendre à Bolloré. Aujourd’hui à 74 ans, il a une activité de conseil aux entreprises et continue d’intervenir très régulièrement à la télé et la radio sans être rémunéré, spécificité française, où il aime débattre et apporter son expertise politique.

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  • Journaliste pigiste et photographe de reportage après avoir été comédien
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