Etre un enfant juif en 1943

Publié le par Michel Monsay

Etre un enfant juif en 1943

Lorsque l’on choisit le même métier que son père, et que celui-ci s’appelle Jacques Doillon, dont le talent singulier a marqué le cinéma français de ces quarante dernières années, il n’est pas facile d’être à la hauteur. Mais après un premier film remarqué, « Et toi, t’es sur qui ? » en 2007, où Lola Doillon avait montré la même aisance que Jacques à filmer de jeunes acteurs, en l’occurrence des adolescents, elle revient aujourd’hui à 41 ans avec son troisième long-métrage où elle dirige cette fois merveilleusement des enfants. Pour cela, elle adapte à l’écran un récit véridique qui se déroule dans la France occupée de la seconde guerre mondiale. L’histoire retranscrit à hauteur d’enfants juifs l’insécurité dans laquelle ils se trouvaient, ne sachant jamais s’ils allaient être dénoncés ou aidés par les personnes qu’ils croisaient, dont certaines n’hésitaient pas à mettre leur vie en péril pour les sauver alors que d’autres avaient un comportement répugnant. Dans le contexte de cette France pétainiste, la cinéaste a réussi à obtenir de ses jeunes acteurs un jeu instinctif et spontané, ce qui lui a permis de capter très justement l’insouciance des enfants qui se transforme progressivement en peur, et pour certains en une émancipation accélérée. Les séquences en mouvement ou avec une foule importante sont filmés par une caméra fluide et inventive toute en maîtrise, il est juste un peu dommage que la musique soit trop présente. Alors que des enfants jouent dans la prairie d’un pensionnat à la campagne, une fille de 12 ans perchée sur un arbre écrit une lettre à sa mère pour lui donner des nouvelles de ses deux sœurs cadettes et lui dire qu’elle leur manque. Un peu plus loin une mère étreint douloureusement sa fille avant de la quitter en lui disant qu’elle sera bien ici en attendant de se revoir bientôt. A l’image de cette mère, beaucoup de parents juifs ont confié leurs enfants à des institutions ou organisations dans l’espoir de les sauver. En prenant le parti de ne pas montrer d’images du conflit ou de l’arrestation des parents, Lola Doillon se concentre sur les conséquences de cette guerre sur les enfants juifs, à travers un récit très touchant qui rend un bel hommage aux victimes et aux rescapés de cette persécution innommable.

                                                                                                                      

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