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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 08:13
Une passion et des convictions bien ancrées

À la tête de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang est en passe, à 75 ans, une nouvelle fois de faire des miracles pour mettre en avant la culture. Celui qui a marqué de son empreinte indélébile le monde culturel sous les années Mitterrand, apparait déçu par ce qu’est devenue la politique aujourd’hui.

 

Appelé par le Président de la République en janvier 2013 avec l’accord de l’ensemble des pays arabes, pour redresser l’IMA dont les finances et la fréquentation n’étaient pas très bonnes, Jack Lang qui aime les missions difficiles ne pouvait qu’accepter celle-ci. Ses attaches avec le monde arabe ont commencé durant sa période étudiante alors qu’il était militant anticolonialiste. Par la suite en étant professeur de droit il a noué des liens avec des professeurs du Maghreb, puis comme créateur du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy, il a invité des auteurs, intellectuels et chercheurs arabes. « L’IMA est une institution unique, qu’aucune autre capitale ne possède, qui établit le pont entre le monde oriental et occidental, comme l’explique son Président. Dans cette période où des violences éclatent dans des pays du Proche-Orient, nous avons besoin plus que jamais d’une telle institution qui incarne l’esprit d’ouverture, de tolérance, de respect et de paix. »

 

Une année grandiose

Le temps de se mettre en place avec son équipe, Jack Lang a voulu frapper un grand coup en 2014 avec trois grandes expositions : L’Orient-express, le pèlerinage à La Mecque et le Maroc contemporain qui a lieu en ce moment. D’autres sont à venir en 2015 sur les jardins arabo-musulmans, et sur l’Egypte ancienne à travers les récentes découvertes d’archéologues. Libre, indépendant, sans pression d’aucune sorte, l’IMA est aussi un lieu de réflexion, de dialogue, avec des colloques et des débats organisés régulièrement sur l’actualité politique, culturelle et sociale. En janvier 2015, un symposium international sur le renouveau du monde arabe, montrera tous les changements positifs survenus ces dernières années dans plusieurs pays. Sans augurer de la suite, Jack Lang a réussi à faire repartir la fréquentation à la hausse, mobiliser des mécènes, et après des années de déficit, 2014 sera à l’équilibre.

 

D’une circonscription à l’autre

Absent des bancs de l’Assemblée Nationale depuis 2012, il n’en ressent aucun manque : « La politique ne donne pas aujourd’hui une belle idée d’elle-même. Elle manque d’imagination, de souffle, d’élan, se limite encore plus qu’avant à des combats de chefs et de sous-chefs et ne propose pas de projets forts. » Pourtant en 2012, il s’était présenté dans les Vosges pour les élections législatives et avait été battu de justesse dans une circonscription difficile, qui était à droite depuis trois législatures. Paradoxalement, c’est dans la région où il était le plus légitime, étant né à Mirecourt dans les Vosges et ayant vécu longtemps à Nancy, qu’il a été battu. Alors que son parachutage dans le Loir et Cher puis dans le Pas-de-Calais s’étaient fort bien passés. Même si cette campagne électorale sur le terrain l’a passionné, il n’a de regrets que pour ses proches et amis qui se sont mobilisés. Il se dit reconnaissant au sort de ne pas l’avoir choisi comme député des Vosges, car il serait aujourd’hui dans une situation très difficile face à la désindustrialisation galopante et une politique gouvernementale qui ne lui paraît pas assez volontariste. Pour autant, il ne serait pas  dans les frondeurs, ayant toujours eu le sens de la solidarité.

Parachuté dans le Loir et Cher en 1986, il a beaucoup aimé cette région et y compte encore de nombreux d’amis, notamment à Blois dont il a été maire durant 11 ans. Il vient d’y retourner pour participer à une manifestation qu’il a créée en 1998, Les rendez-vous de l’Histoire. Beaucoup le reconnaissent, Jack Lang a transfiguré la ville, il l’a réveillée. Ayant toujours préféré l’action aux discours, il y a construit entre autres une nouvelle bibliothèque, une université, une école d’ingénieur, un pont, et la halle aux grains qui a failli être détruite avant qu’il n’arrive est devenue un haut-lieu culturel.

 

Fidèle à ses convictions

A l’Assemblée Nationale, en tant que député du Loir et Cher, il a particulièrement apprécié la période durant laquelle il était  président de la commission des affaires étrangères de 1997 à 2000, où il s’est occupé de dossiers sur la protection des droits de l’homme dans différents pays, les traités européens, le développement économique en Afrique. Plus tard, lorsqu’il a été élu du Pas-de-Calais, il s’est trouvé parfois en désaccord avec ses propres amis, notamment quand le Président Sarkozy a entrepris une révision constitutionnelle en 2007, et lui a demandé avec d’autres personnalités de gauche de faire partie d’un comité de réflexion présidé par M. Balladur et dont Jack Lang est devenu vice-président : « Nous avons avancé avec ce comité, des propositions qui étaient conformes à celles que le Parti socialiste lui-même avait formulées quelques années auparavant. Ce qui tue la politique est cette incapacité à être en cohérence avec soi-même, on ne peut pas tenir un langage différent selon qu’on soit dans l’opposition ou au gouvernement. J’ai donc été le seul socialiste à voter cette réforme des institutions. »

De même pour la loi Hadopi, il a trouvé incompréhensible que les socialistes se dressent aussi violemment contre ce texte, qu’il jugeait être en conformité avec tout ce qu’il avait entrepris comme Ministre de la culture : « C’est parce que je me sens beaucoup plus à gauche que certains donneurs de leçon qui m’ont engueulé à l’époque, que j’ai voté ces textes. Ce sont eux qui trahissaient l’idéal républicain en refusant de démocratiser la Constitution et en s’opposant à une loi de régulation d’Internet. » Aujourd’hui moins engagé dans la vie politique du fait de ses responsabilités à l’IMA, il est néanmoins en très bons termes avec le Président Hollande même s’il n’est pas toujours en accord avec ses décisions.

 

Un cheminement par étapes

Passionné de théâtre durant son adolescence, il le pratique en amateur avant de créer plus tard un festival à Nancy, mais sa volonté est de devenir professeur. Après des études de droit et de Sciences-politiques, il devient professeur de droit à la faculté de Nancy. A partir de là, il va mener trois vies qui s’entremêlent, celle de professeur et de juriste, celle de citoyen de gauche engagé dans la vie collective, et la troisième concerne bien évidemment la culture. La politique est venue progressivement à lui. Tout d’abord, il invite François Mitterrand en 1974 à venir assister à son festival de théâtre à Nancy, puis se laisse convaincre par un ami de s’inscrire sur une liste pour les élections municipales de 1977 à Paris dans le 3ème  arrondissement, dont la tête de liste Georges Dayan est un ami intime de François Mitterrand. Comme Jack Lang est élu conseiller municipal, il trouve normal d’adhérer au Parti socialiste. De fil en aiguille, après la défaite aux Législatives de 1978, François Mitterrand, qui est accusé d’être un homme du passé, décide de s’entourer de personnes plus jeunes et innovantes. Commence alors la longue et fructueuse collaboration entre le futur Président de la République et Jack Lang.

 

Aux côtés de François Mitterrand

Cela démarre par la campagne pour les premières élections européennes en 1979 dont Jack Lang a la charge, et qui se finit devant 150 000 personnes au Trocadéro. François Mitterrand est vite convaincu par la capacité de son conseiller pour la culture à drainer autant de monde, autant d’artistes et d’intellectuels. A peine élu, le chef de l’Etat lui confie l’organisation de sa journée d’investiture, qui se finit avec une foule immense au Panthéon. Les rapports entre les deux hommes vont aller crescendo, François Mitterrand étant retenu et intimidant, Jack Lang plutôt timide et ayant un profond attachement au leader socialiste. Durant les deux septennats, mis à part les deux cohabitations il est le seul Ministre de la culture du Président Mitterrand, et devient une référence à ce poste en créant de très nombreux événements comme la Fête de la musique, les journées du patrimoine et en amenant la culture dans toute sa diversité à un niveau jamais atteint. Ils mènent ensemble également d’importants grands travaux qui aujourd’hui forcent l’admiration, mais qui avaient provoqué des polémiques à l’époque, comme le grand Louvre avec la construction de la pyramide, l’Opéra Bastille, la grande bibliothèque, … De cette période exceptionnelle, il conclut : « François Mitterrand m’a apporté énormément, son intelligence politique, sa finesse, son immense culture. Si ce que nous avons entrepris a été une réussite, c’est en raison de ce duo original que nous formions, tout en étant très différents nous avions la même passion et la même détermination. »

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Published by Michel Monsay - dans Portraits
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