« Selon l'hindouisme, la nature rétablira l'équilibre tôt ou tard »

Publié le par Michel Monsay

« Selon l'hindouisme, la nature rétablira l'équilibre tôt ou tard »

Aujourd’hui un des référents dans le domaine de la spiritualité hindoue, surtout à La Réunion, le département français le plus hindou, Swami Advayananda, 61 ans, est un moine qui a fondé en 1985 un ashram au Port dans son île natale. Après des études en métropole, un début de carrière commerciale, il démissionne et part en Inde se former durant 3 ans. Il rentre à La Réunion en 1983 pour enseigner la religion hindoue et s’y consacrer pleinement.

 

Quelle est la relation de votre religion avec l’agriculture et l’environnement ?

Swami Advayananda - L'hindouisme qui n'a pas de fondateur unique est né par le culte des éléments naturels : le feu (agni), l'eau (varouna), la terre (bhoumi), le vent (vâyou), ... Les premiers livres sacrés de l'hindouisme sont les Védas – le mot "véda" voulant dire "le savoir". La première partie de ces livres est constituée d'hymnes déifiant les éléments naturels.

La société hindoue, ayant évolué, a vu l'apparition d'une culture mythologique importante au Moyen-Âge avec la construction de grands temples et le culte des symboles (statues, images, diagrammes, ...). Malgré cette évolution, le rite védique du feu a été intégré dans la nouvelle forme d'hindouisme, et certains personnages de cette nouvelle forme de religion hindoue ont rajouté d'autres éléments de l'agriculture tels le culte de la vache et du vacher. La vache est devenue sacrée car elle représente la mère qui donne le maximum et prend le minimum. Le vacher est symbolisé par Krishna, le dieu champêtre par excellence, puisqu'on l'appelle aussi Gopâla (protecteur des vaches).

La religion et la science étant inséparables, l'hindouisme a donné naissance aussi à la médecine âyurvédique qui utilise toujours d'innombrables plantes de la nature.

De plus le symbolisme des formes et les couleurs des fleurs sont très importants dans l'hindouisme. On n'offre que des fleurs épanouies qui symbolisent l'épanouissement de notre personnalité ou des pétales de fleurs qui symbolisent nos pensées positives. La couleur jaune représente la lumière, le rouge la vie, le bleu l'infini, …

L'eau est aussi très présente dans l'hindouisme. Il n'y a pas de rituel sans eau et tous les cours d'eau sont sacrés, les plus connus sont bien sûr la Gangâ et la Yamouna.

La Terre est considérée comme une Déesse dans l'hindouisme. Il y a une histoire mythologique qui raconte que le fils de la Terre a tellement abusé d'elle qu'elle est allée voir Brahma, le Créateur, pour rétablir l'équilibre. Mais Brahma est la fonction de création, c'est Vishnou qui est la fonction de préservation. Nous sommes les fils de la terre et par notre égoïsme, nous la détruisons. Mais la nature rétablira l'équilibre tôt ou tard, selon l'hindouisme.

Une grande majorité d'agriculteurs réunionnais est hindoue. Leur engagement dans l'agriculture et l'élevage ainsi que dans la transformation des produits est une réalité locale.

Quelles sont les pratiques alimentaires spécifiques à votre religion et en quoi consistent-elles ?

S.A. - La vache étant sacrée dans l'hindouisme, les Hindous ne consomment pas de viande bovine et bien souvent porcine aussi. Par contre, les sacrifices d'animaux (boucs et coqs) étant dans la tradition populaire hindoue locale, ces viandes sont bien sûr consommées avec un ensemble d'épices appelé "massalé".

Beaucoup de gens tendent à devenir végétariens mais ils ne constituent pas la majorité.

L'hindouisme s'adapte à son époque car il n'a jamais été une religion figée. En Inde, certains Hindous recommencent à manger du bœuf car à l'époque des Védas, les Hindous n'étaient pas forcément végétariens.

Comme dans beaucoup de traditions anciennes, un dicton déclare "si on coupe un arbre, il faut en planter trois !" Les rites hindous sont gourmands en fleurs, plantes et fruits variés. De ce fait, ils contribuent à la préservation des espèces. Le yoga, sous son aspect hindou, recommande le bio, bien sûr. Certains textes sacrés hindous, dont la Bhagavad-Gîtâ, recommandent certaines formes de nourriture, non seulement en qualité mais aussi en quantité. Ils préconisent de ne remplir l'estomac que d'un tiers, un autre tiers pour l'eau et un autre tiers d'espace pour la digestion.

 

Comment votre religion a-t-elle évolué ces dernières années notamment sur les questions de bioéthique (santé, OGM) et de biodiversité ?

S.A. - Malheureusement, les principes et la réalité sont souvent différents. La surpopulation mondiale amène la destruction de masse des espèces de toute sorte. Le problème se situe à ce niveau principalement : l'homme toujours insatisfait, veut toujours quelque chose de neuf. Là où les traditions orientales parlent de plénitude "intérieure", l'homme ne la recherche que dans le monde matériel.  Le matériel et le spirituel ont chacun leur place respective, mais la disproportion de matériel amène l'humanité à la destruction de son environnement. 

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