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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:21
« À Lampedusa, le Pape avait dénoncé la "mondialisation  de l'indifférence »

Diplômé de l’école supérieure de journalisme de Lille, licencié en sciences religieuses et en théologie, Bernard Podvin est ordonné prêtre en 1986 pour le diocèse de Lille. A 54 ans, il porte la voix de l’Eglise catholique de France depuis 2008, lorsqu’il a été nommé secrétaire général adjoint, porte-parole et directeur du service information-communication de la Conférence des évêques de France.

 

Quelle est la relation de votre religion avec l’agriculture, la ruralité et l’environnement ?

Mgr Bernard Podvin - L'Eglise catholique et le monde agricole ont des siècles de proximité. Les paroisses se sont constituées au rythme de la vie rurale. Avant qu'un état civil existe en France, faisait foi le recensement de l'état religieux d’une population sédentaire. La Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) a suscité un syndicalisme agricole abondant. L'enseignement catholique agricole a formé des générations. Aujourd'hui, les mutations sont évidemment considérables. La mobilité sociale, la mondialisation, la crise européenne, les défis environnementaux ont transformé les mentalités. L'Eglise catholique, marquée en Occident par le manque de vocations, a réorganisé son réseau paroissial. Pour la religion chrétienne, Dieu Créateur confie la terre à l'homme  "afin de la rendre habitable". Il n'est donc pas surprenant que la spiritualité catholique ait toujours insisté sur les points suivants : respecter la création parce qu'elle vient de plus grand que soi.  Produire ? Oui, mais dans le respect des valeurs humaines et environnementales. On devine donc aisément les préoccupations des chrétiens  aujourd'hui : citons notamment la désertification du monde rural, le rythme de vie des actifs agricoles, l'éclatement familial, la disparité des revenus, les menaces sur l'équilibre écologique. Tous les sujets d'actualité sont sensibles aux yeux de  l'Eglise catholique : la crise sans précédent de filières, la paupérisation d'un monde rural, l'aventurisme d'une urbanisation, les bouleversements climatiques, les incohérences de réformes territoriales, l'individualisme croissant sont des clignotants majeurs. En positif, l'Eglise catholique encourage la vie associative, la lutte contre les précarités, la préservation par les communes du patrimoine religieux, la recherche nouvelle de modes de vie respectueuse de la biodiversité, ... Inutile de dire que le Dimanche est essentiel à nos yeux comme point d'équilibre de la société !

 

Quelles sont les pratiques alimentaires spécifiques à votre religion et en quoi consistent-elles ?

Mgr B.P. - À la différence d'autres traditions religieuses, la foi catholique ne se bâtit pas sur de nombreux préceptes alimentaires. C'est la conception éthique et spirituelle  des choses qui compte : ne pas être aliénés par la société de consommation, lutter contre la faim dans le monde sont des points forts. L'insistance est plutôt sur le jeûne en Carême dans la préparation de Pâques et l'abstinence de viande le mercredi des cendres, les vendredis et le Vendredi saint. Jeûner est  le rappel que le bonheur ne vient pas que de cette société. Jeûner était tombé dans la pratique, mais est de retour aujourd'hui chez une génération soucieuse de réaffirmer sa foi. Le Carême redevient un "sujet médiatique". Il y a aussi une attente spirituelle très grande. Les monastères et la religion populaire sont des lieux très fréquentés.

 

Comment votre religion a-t-elle évolué ces dernières années notamment sur les questions de bioéthique (santé, OGM) et de biodiversité ?

Mgr B.P. - Benoit XVI parle d’une "écologie humaine". Respecter l'environnement, c'est respecter toutes les dimensions de la vie : bioéthique et protection planétaire vont de pair. De la vie naissante à la vie finissante, en passant par le souci du chômage, des migrations, c'est toute la vie qu'il faut protéger. Le Pape François, premier Pape en provenance du Sud, et dont  la popularité dépasse largement la sphère catholique, s'inspire beaucoup de St François d'Assise, précurseur au 13e siècle d'une pensée écologique. À Lampedusa, le Pape avait dénoncé la "mondialisation  de l'indifférence". La phrase a fait le tour du monde. Elle résume bien la conception catholique devant les enjeux inédits de la planète ! 

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