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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 07:28
Perfectionniste et d’une grande maturité
Perfectionniste et d’une grande maturité

 

Elle n’a que 20 ans et déjà un palmarès exceptionnel. Quadruple championne paralympique de ski alpin handisport debout, Marie Bochet a aussi remporté sept titres de championne du monde et trois coupes du monde. A Sotchi, elle s’est fait connaître du grand public en l’impressionnant par ses exploits, et a fait entrer le handisport dans une nouvelle dimension.

 

Ce que vit Marie Bochet depuis les Jeux paralympiques de Sotchi en mars dernier est assez violent, puisqu’elle est passée d’une reconnaissance confidentielle à une hypermédiatisation. En devenant la reine de ces Jeux avec 4 médailles d’or, une avalanche de sollicitations l’a submergée. Radios, télés, presse écrite, tous ont voulu l’interviewer. A l’image d’une star américaine de passage à Paris, la savoyarde du Beaufortin a enchaîné au retour de Sotchi trois journées de marathon médiatique en passant d’un plateau à l’autre, avant de retrouver ses montagnes. Jamais un athlète handisport n’avait connu une telle exposition. Un mois après cette effervescence, elle vient d’enregistrer l’émission de Frédéric Lopez qui se déroule à la campagne, « La parenthèse inattendue », avec comme autre invité Franz-Olivier Giesbert : « Ce sont deux jours hors du temps, j’ai vraiment adoré faire cette émission où il y avait une très belle ambiance et où l’on n’avait pas l’impression d’être à la télé. Sinon, toutes ces rencontres avec les médias ont été très enrichissantes, comme « Le grand journal » de Canal + que je regarde souvent et où je ne pensais jamais être invitée. »

 

Les médias et le handisport

Il est évident que les performances et la personnalité de Marie Bochet ont amplifié l’intérêt des médias et par conséquent du grand public pour le handisport, qui progresse cependant d’une olympiade à l’autre. A Sotchi, c’était la première fois que les épreuves des Jeux paralympiques étaient retransmises en direct à la télé. Cette étape importante a permis de faire connaître les différentes disciplines sur neige et glace du handisport, et donner ainsi à des jeunes handicapés l’envie de suivre la trace de la championne savoyarde. C’est aussi plus facile pour les athlètes, avec cette nouvelle visibilité, d’obtenir un soutien financier de partenaires. Avant Sotchi, Marie Bochet était quasiment inconnue et pourtant aux championnats du monde en 2013, elle avait tout simplement gagné tous les titres en jeu : Descente, slalom, super-G, slalom géant, et super-combiné. Un tel exploit avait quand même provoqué une petite médiatisation mais rien de comparable avec aujourd’hui. A l’image des JO pour les valides, les Jeux paralympiques sont un moment à part dans la carrière d’un athlète. Au-delà des caméras et des micros, de l’ambiance magique de l’événement et de la rencontre avec des sportifs d’autres disciplines, il y a des primes aux médailles qui permettent à ces champions de gagner un peu d’argent.

 

Une ascension fulgurante

L’aventure paralympique, Marie Bochet la découvre une première fois aux Jeux de Vancouver en 2010 alors qu’elle n’a que 16 ans. Elle y acquiert l’expérience si particulière de ce genre d’événement, qui lui est bénéfique dès l’année suivante où elle décroche ses deux premiers titres aux championnats du monde à Sestrières. A partir de là tout s’enchaîne, elle obtient son premier globe de cristal la même année en remportant le classement général de la coupe du monde. Elle confirme cette suprématie avec deux nouveaux globes en 2012 puis 2014, et arrive à Sotchi en position de favorite : « Même si je peux progresser techniquement, je suis au top de ma discipline, et comme on ne sait pas ce qui peut se passer dans 4 ans j’avais une pression particulière. J’ai appris à la gérer en amont avec une préparatrice pour arriver le jour J en étant forte mentalement. Cela me permet notamment lorsque je gagne la 1ère manche d’une épreuve de ne pas cogiter, et d’être aussi performante lors de la 2ème. Ma force réside, selon mon coach, dans mon toucher de neige. Je ressens beaucoup de choses avec mes skis et suis très à l’écoute de mon corps, par conséquent je m’adapte à toutes sortes de situations. » Chacune des 4 médailles d’or remportées à Sotchi lui a évidemment procuré un bonheur intense, mais celle obtenue dans la descente restera à jamais son premier titre paralympique, sensation incroyable qu’elle ne pourra pas revivre. La seule médaille qui lui échappe est celle de la discipline où elle est la plus à l’aise, le slalom, pour lequel elle arrive au départ avec trop d’envie, ce qui la pousse à la faute.

 

Sur un plan personnel

Très présente depuis le début le sa carrière, la famille de Marie Bochet est venue au grand complet à Sotchi, puisqu’une vingtaine de personnes ont fait le déplacement pour partager ce moment unique avec leur championne. Discipline semi-amatrice, le ski handisport ne permet pas à ses athlètes d’en vivre, même si la situation évolue avec la médiatisation plus importante. Certains d’entre eux ont des contrats individuels avec des partenaires. Marie Bochet, encore plus après sa consécration aux Jeux, va pouvoir les négocier plus facilement. Elle ne se voit pas pour autant rester dans le monde du sport toute sa vie, et pour cela envisage de reprendre ses études parallèlement dès septembre prochain, même si elle n’a pas encore décidé l’orientation. Titulaire d’un Bac ES avec mention très bien, elle se sent attirée par plusieurs domaines d’activité. Pour le moment, elle va enfin avoir un peu de temps à elle et avec ses proches avant de retourner à l’entraînement dès le mois de mai, tout en continuant à répondre à des sollicitations d’associations ou d’écoles pour célébrer ses exploits ou partager son expérience exemplaire. Cerise sur le gâteau, elle vient d’être sacrée athlète handisport de l’année 2013 pour ces 5 titres de championne du monde, en recevant le trophée Laureus. C’est la première fois qu’un athlète français handisport obtient cette prestigieuse récompense, seuls Zidane et Mauresmo l’avaient précédé chez les valides côté tricolore.

 

Le ski handisport tout naturellement

Chose assez étonnante, Marie Bochet n’est pas une compétitrice dans l’âme, elle cherche plus à améliorer en permanence son ski qu’à battre ses adversaires. Son entraînement est très proche de celui des valides, elle s’est d’ailleurs entraînée avec la relève de l’équipe de France à la section ski haut niveau du lycée d’Albertville durant plusieurs années. Dès son très jeune âge, le ski est arrivé naturellement dans la vie de la savoyarde, à la station des Saisies puis plus tard à celle d’Arêches toutes deux proches de la ferme de ses parents. Elle commence au jardin d’enfants alors qu’elle n’a que 3 ans, puis au pré-club où son entraîneur va déceler des possibilités chez cette petite fille née avec une agénésie de l’avant-bras gauche. Jusqu’au collège elle progresse avec ses camarades valides, puis découvre le handisport qui lui convient davantage : « J’avais besoin de plus de temps pour passer un cap, trouver un placement différent par rapport à mon bras, et comme la sélection chez les valides se fait très rapidement, j’étais mieux dans le handisport pour devenir performante à mon rythme. Après les Jeux de Vancouver en 2010, nous avons mis en place avec mon entraîneur une prothèse à mon bras gauche, grâce à laquelle j’ai gagné en équilibre et en technique. »

 

D’une famille à l’autre

Son enfance agricole dans la vallée du Beaufortin est très heureuse, son père avec un troupeau de 80 vaches laitières livre la coopérative pour la fabrication du fameux Beaufort AOP, dont il est président, et sa mère a un élevage d’escargots. L’été, la petite Marie gambade dans les alpages où ses parents ont un gîte et font monter les vaches. Aujourd’hui encore elle a besoin de cet environnement montagnard privilégié entre ski et randonnée pour se ressourcer. Quant à sa malformation, elle n’en a jamais souffert : « J’ai grandi avec, il n’y a pas eu un choc à un moment donné où j’aurai perdu mon avant-bras. Il y a certainement eu des réflexions d’enfants quand j’étais petite, mais je suis passée au-dessus assez facilement. Maintenant, on oublie mon handicap. » Elle s’est très vite sentie à l’aise dans la famille du handisport : « Ce sont des gens qui ont une expérience de vie incroyable, ils vous apprennent beaucoup et il y a des liens très forts. De manière générale, je me sens mieux avec des personnes plus âgées, ce qui est le cas en handisport où j’ai toujours été la plus jeune. » A tout juste 20 ans, cette perfectionniste qui vient d’être promue Chevalier de la Légion d’Honneur, veut continuer à se faire plaisir sur ses skis en améliorant sans cesse des petits détails jusqu’aux Jeux de Pyeongchang en 2018, tout en envisageant un avenir professionnel qu’on lui souhaite aussi radieux, mais nul doute que l’on peut lui faire confiance.

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Published by Michel Monsay - dans Portraits
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